Libre rage ( relais et point de chute !)

30 mai 2019

Repas de soutien Vérité et justice pour Lamine Dieng tué par la police, à la cantine des pyrénées.

Samedi 8 juin repas de soutien aux actions menées par la famille Dieng et ses soutiens.

 

Pour rappel cela fait 12 ans que la famille organise des actions pour la vérité et la justice pour Lamine Dieng tué par la police dans le 20e. Cette année la famille et les soutiens organise une marche dans le 20e et un concert à la parole errante le 15 juin.

Le but du repas est de soutenir financièrement les actions du collectif.
Le repas sera de 12h à 15h. Prix libre.
Au menu : Galettes, crêpes et autres surprises ...
Pour se désaltérer jus de Bissap et de gingembre.

https://www.facebook.com/events/884309231907293/
CANTINE DES PYRENEES : 77 Rue de la Mare, 75020 Paris
Collectif Lamine dieng : https://www.facebook.com/collectif.laminedieng

 

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08 avril 2019

« Afrique 50 », le colonialisme filmé par René Vautier

Revenir sur « Afrique 50 », le mythique documentaire anticolonialiste de René Vautier, aide à comprendre les migrations et le néocolonialisme d’aujourd’hui. La vie de son auteur est aussi un exemple du courage et de la détermination nécessaires dans les luttes.

« Ici, le chef de village, Sikali Wattara, a été enfumé et abattu d’une balle dans la nuque, une balle française… Ici, une enfant de sept mois a été tuée, une balle française lui a fait sauter le crâne… Ici, du sang sur le mur, une femme enceinte est venue mourir, deux balles françaises dans le ventre… Sur cette terre d’Afrique, quatre cadavres, trois hommes et une femme assassinés en notre nom à nous, gens de France ! »

Ainsi parle René Vautier dans son premier film, Afrique 50, chef-d’œuvre tourné à l’âge de vingt-et-un ans et monté avec ce qu’il put récupérer des bobines qui lui avaient été confisquées par la police. En 1949, fraîchement sorti de l’IDHEC, le jeune homme, ancien résistant, avait été envoyé faire un film sur les bienfaits de la colonisation quant à l’éducation. Mais une fois sur place, la vérité lui commanda un tout autre ouvrage. L’administration coloniale se rendit compte qu’il ne filmait pas ce qu’il fallait. Un commissaire de police fut envoyé fouiller sa chambre pour lui prendre ses bobines. S’ensuivit une bagarre au cours de laquelle Vautier jeta par la fenêtre le policier, qui se cassa le bras. Après quoi, le cinéaste poursuivit son film en fuyant à travers l’Afrique de l’Ouest, un temps hébergé par le fondateur du Rassemblement démocratique africain, Félix Houphouët-Boigny.

Afrique 50 sort la même année que le Discours sur le colonialisme d’Aimé Césaire. Mais l’opinion publique, convaincue que la colonisation est nécessaire au niveau de vie des Français et apporte aux peuples colonisés la civilisation, reste très éloignée de toute contestation du fait colonial. Afrique 50 est le premier film anti-colonialiste, alors que le cinéma existe depuis cinquante ans. À l’exception de L’Humanité et des revues anarchistes, toute la presse de l’époque (en particulier Le Figaro et Le Pèlerin, distribué dans la France profonde), de même que le cinéma de l’époque (de Pépé le Moko à Princesse Tam-Tam en passant par Le Bled), véhicule les mêmes schémas racistes et colonialistes. Et les socialistes votent les crédits pour la guerre en Indochine jusqu’en 1953. Dans ce contexte la spécificité du film de Vautier est d’autant plus remarquable.

L’optique de Vautier fut toujours de chercher à montrer, non pas ce qui sépare les hommes, mais ce qu’ils ont en commun, par-delà les cultures. Cela lui valut une vie marquée par une multitude d’empêchements, dont un an d’emprisonnement et la censure d’Afrique 50 pendant plus de quarante ans. Dans son livre Caméra Citoyenne, Mémoires, il raconte : "En voulant braquer ma caméra sur les luttes des travailleurs - des travailleurs en France, des travailleurs coloniaux, des travailleurs immigrés, etc. - j’ai rencontré quelques problèmes : 39 arrestations, 17 inculpations, 5 condamnations, 54 mois de prison, 6 séjours à l’hôpital, 11 fractures, 4 expulsions, 5 caméras détruites par matraques, balles ou grenades, 7.000 mètres de pellicules saisis, 60.000 mètres de pellicule détruits à la hache ou à la cisaille ... sans compter les dizaines de films pour lesquels je dois me battre en justice pour récupérer le droit de les montrer ". Tel est le prix, pour qui dérange – un tout autre prix que ceux que les festivals décernent.

Dans son film De sable et de sang, Michel Le Thomas raconte un épisode dans la vie de René Vautier. Ce dernier s’était rendu il y a vingt ans à Akjoujt, en Mauritanie, sur un site minier abandonné. Avant de repartir, il avait laissé sa caméra à un jeune homme, qui lui envoyait en France des images du quotidien de ces gens qui, avec la mine, avaient perdu leurs pâturages et leur ancien mode de vie, et après la mine, tout le reste. Un jour on informa Jean Vautier que sa caméra, marquée à son nom, avait été retrouvée, échouée sur une côte marocaine où avait fait naufrage un boat people. C’est ainsi qu’il apprit la mort de ce jeune homme, noyé comme tant d’autres sur le chemin du dernier espoir.

15 mars 2019

16 mars: ultimatum à l'Etat

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Lors de la conférence de presse commune de la Marche des Solidarités et de la Marche du Siècle ce mardi, Ian est intervenu au côté de Anzoumane Sissoko de la Coalition Internationale des Sans-Papiers et MigrantEs et d'Adel du Collectif Gilets Jaunes de Rungis-Idf. Voici son intervention.

Je suis Ian, du collectif Désarmons-les et de l’Assemblée des blessés.

Je suis là pour transmettre le message de notre pôle contre les violences d’État, partie prenante de l’organisation de la journée internationale contre les violences policières et des Marches des solidarités qui s’organisent depuis deux ans avec des collectifs anti-racistes et de soutien aux migrant-es et sans-papiers.

A ce titre, nous nous associons au collectif Vies volées et à toutes les familles et collectifs de victimes des violences policières qui nous soutiennent et que nous soutenons sur ce combat.

Nous nous adressons à l’État français et lui posons un dernier ultimatum pour le 16 mars prochain.

Nous sommes ici avec les plus de 578 personnes que votre police a exécuté extrajudiciairement au cours du dernier quart de siècle, parce que leurs vies ne valaient rien à vos yeux.

Nous sommes ici avec les plus de 65 personnes que votre police a rendu borgnes et manchots au cours des 20 dernières années, parce qu’ils étaient trop rebelles, trop marginaux ou parce que leur détresse et leur colère les a amenés à vouloir votre démission ou votre défaite.

 

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Nous sommes ici avec ceux que vous appelez avec mépris les va-nu-pieds, les manants, les vagabonds, les nègres, les bougnoules, les gitans, les clandestins, les sauvageons, les racailles, les voyous, les casseurs, les fainéants, les séditieux et les hooligans.

Nous n’irons plus par quatre chemins pour parler de ce qui nous oppresse et ce qui nous révolte.

Nous mettrons les mots que nous aurons choisi, et non ceux que vos discours médiatiques et vos académiciens jugent appropriés.

 Nous utilisons et assumons l’utilisation des termes de violences d’État et de racisme d’État, de meurtres policiers, de contre-insurrection et de colonialisme.

 L’État français moderne s’est construit et a bâti sa puissance sur le vol et la souffrance des peuples :

1) en organisant à partir du 14ème siècle l’imposition des pauvres pour financer son effort de guerre et rembourser ses dettes.

A ce titre, nous sommes tout-es des Gilets Jaunes

2) en colonisant des territoires en Europe puis dans le reste du Monde au cours des 6 siècles suivants.

A ce titre, nous sommes tout-es des colonisés, des corses, des bretons, des basques, des nègres, des bougnoules ou des niakoués...

3) en se livrant au commerce d’êtres humains et à l’esclavage.

A ce titre, nous sommes toutes des serfs et des esclaves.

4) en se livrant au pillage des ressources et à la surexploitation du vivant.

A ce titre nous sommes tous des cancéreux et des réfugiés climatiques.

5) en écrasant toute contestation de son modèle économique et en livrant une guerre sans merci au peuple au nom de la croissance et du profit.

A ce titre, nous sommes tous des fainéants, des séditieux et des extrémistes.

De la guerre d’Indochine à la guerre d’Algérie, de mai 68 aux gilets jaunes, nous sommes des millions à avoir subi dans nos chairs la violence qui résulte de vos choix de société et de votre arrogance.

Vos officiers militaires, après avoir torturé et assassiné dans les colonies, ont exporté leurs techniques contre-insurrectionnelles pour enseigner à tous les régimes autoritaires comment mater les rebellions : état d’urgence, infiltration et surveillance, couvre-feu, assignations à résidence, interdictions de paraître et expulsions...

17 octobre 61 contre les algériens, janvier 1985 en Nouvelle Calédonie, novembre 2005 dans les banlieues, novembre 2015 sur tout le territoire français. Sans parler du couvre-feu colonial contre les gilets jaunes de La Réunion en novembre dernier !

Puis vos conseillers en sécurité ont importé des armes de guerre pour mater les colonisés de l’intérieur puis tirer sur les foules récalcitrantes : grenades avec de la TNT, grenades projetant des plots de plastique rebaptisées « dispositifs manuels de protection », pistolets et lance-grenades rebaptisés « lanceurs de balles de défense » tirant des balles de plastique mou de 4 cm à plus de 400 km/h, pistolets à impulsions électriques, fusils à répétition multi-usage et, plus récemment, des fusils à pompe de 12 mm tirant des billes de plastique comme à Montpellier le 12 janvier ou des  cartouches métalliques comme à Nevers il y a quatre jours.

 

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Depuis décembre dernier, votre cynisme, votre mépris et votre déni ont donné naissance à une colère sans nom, qui aujourd’hui a franchi les frontières de la gauche et des quartiers populaires.

Cette colère, vous ne l’éteindrez pas. Vous êtes l’huile rance versée sur le feu de notre révolte légitime.

Et c’est sans compter les 15 personnes tuées chaque année des mains des forces de l’ordre ou à balles réelles, dans l’impunité la plus totale. Depuis deux ans, nous faisons campagne contre les techniques d’immobilisation mortelles, le pliage, le plaquage ventral et la clé d’étranglement, mais aussi contre le permis de tuer qui a été gentiment accordé aux policiers en mars 2016, renforçant un peu plus leur sentiment d’impunité et augmentant considérablement le nombre des morts par arme à feu. Les années 2016 et 2017 ont battu les records de personnes tuées par balle...

Visiblement, l’État français veut une société à l’américaine, une société de la concurrence, de la méfiance, du racisme et où les policiers règlent les problèmes de voisinage et les conflits de la vie quotidienne en tirant dans le corps des gens suspects.

Nous savons que nous n’obtenons jamais justice. C’est pourquoi nous nous battons surtout pour la vérité, pour préserver notre dignité que vous vous employez à détruire. Mais nous savons que ce ne sont pas les experts et les juges qui feront la lumière sur nos affaires. C’est l’histoire qui nous donnera raison.

Si les hommes de pouvoir ont leurs sépultures au Panthéon et leurs noms aux frontons des monuments publics, cela ne signifie pas qu’on les admire ou qu’on les aime. C’est l’hommage qu’on rend aux cyniques et aux indifférents.

Le peuple, lui, garde éternellement la mémoire collective de ceux des siens que l’État assassine ou emprisonne pour la vie. C’est l’hommage que nous rendons aux petits, aux humbles et aux justes.

Nous n’oublions pas, nous ne pardonnons pas, car sans justice, il n’y a pas de paix, ni dans nos cœurs, ni dans les espaces que nous traversons.

Ne comptez plus sur nous pour appeler au calme.

Évidemment nous pourrions ici aligner mille revendications, pour l’interdiction des techniques d’immobilisation mortelles, des grenades et des lanceurs de balles de caoutchouc, des contrôles au faciès, mais aujourd’hui nous ne demanderons rien, car il n’est plus question d’adresser des doléances à notre oppresseur. Nous sommes fatigués de nous en remettre au bon vouloir des escrocs, des menteurs et des criminels.

Nous appelons à poursuivre et amplifier le mouvement de révolte contre le Gouvernement.

Nous appelons à bloquer l’économie mortifère de ce pays et à constituer immédiatement des comités, des assemblées de quartiers et de communes, pour élaborer ensemble la société de demain, sans le déléguer aux personnes de pouvoir.

Nous appelons à converger sur Paris contre les politiques antisociales actuelles, contre les violences d’État et pour la sauvegarde de notre planète ce 16 mars 2019.

Nous appelons à bloquer toutes les entreprises d’armement le 29 mars 2019.

Nous appelons à bloquer le sommet du G8 de Biarritz le 25 août 2019.

Nous appelons à soutenir les familles de victimes de la police au quotidien et tout au long de leur combat pour la vérité.

Nous appelons à alimenter financièrement toutes les cagnottes des personnes mutilées par la police.

 

L’Etat tire dans le tas, désarmons-le. L’État assassine, renversons-le.

https://blogs.mediapart.fr/marche-des-solidarites/blog/130319/16-mars-ultimatum-letat

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18 février 2019

Joseph Andras : Kanaky est « autant une biographie intemporelle qu’un geste politique »

 Après avoir lu "KANAKY" de Joseph Andras j'avais envie d'en parler afin de vous dire de lire ce livre . En faisant des recherches sur Alphonse Dianou ( dont le livre parle beaucoup) j'ai trouvée une interview de l'auteur. Je crois que ses mots valent mieux que tout autre chose qui pourrait être dite sur le livre.

Voici donc l'interview : 

Alphonse Dianou à un forum antinucléaire en Australie (Photo. transmise par Joseph Andras que nous remercions)

Il arrive en retard. Et s’excuse deux ou trois fois : « Je déteste les retards, vraiment désolé. » Des hommes boivent des verres au comptoir et lisent la presse du jour ; il s’assied à notre table. Son premier roman, De nos frères blessés, nous conduisit à Alger et au bord de la Marne, ressuscitant une figure oubliée de la guerre d’Algérie : Fernand Iveton, ouvrier pied-noir et communiste guillotiné par le pouvoir français pour avoir posé une bombe, dans un local vide, qui jamais ne sauta.

Un sillon qu’il semble vouloir creuser, avec Kanaky, son troisième ouvrage : une enquête biographique qui sortira le 5 septembre et nous conduit en Nouvelle-Calédonie et dans le Larzac. L’auteur plonge dans le passé d’un indépendantiste kanak inconnu en France « métropolitaine » : Alphonse Dianou. Militant non-violent et amateur de musique, l’homme se destinait à être prêtre : il mourut pourtant des suites d’une prise d’otages, visant des militaires, dont il fut le chef d’orchestre en 1987.

Nous ne manquons pas de le relever au fil de cette discussion de près de deux heures : Joseph Andras dit rarement « oui » – spontanément, il répond par la contradiction. Le cuir s’assouplit au fil de l’échange : la froideur, première et présente, se dissipe parfois. Son regard, dur, peut en quelques secondes se changer en un franc sourire. Écrire est pour lui un geste d’artisan. Et quand la poésie l’anime, c’est sur le béton d’un port, celui du Havre, qui hante son précédent livre, S’il ne restait qu’un chien. Avec Andras, rien n’échappe, viscéralement, à la politique.

Votre premier roman, De nos frères blessés, racontait la vie d’un militant tué sans avoir réussi son coup ; votre second livre, S’il ne restait qu’un chien, évoquait poétiquement un port auquel son destin échappe ; votre dernier ouvrage donne à voir, sous la forme d’une enquête, un fiasco politique : vous aimez l’échec ?

J’ai instinctivement peu d’affection pour les gagnants. Mais, à la seconde où je vous dis ça, je mesure ce que ça semble transporter de romantisme, de goût pour la perdition ou la débâcle… et je ne m’y retrouve pas non plus. Les coordonnées de notre ordre social sont sommaires, et l’actuel président de la République les a rappelées avec une clarté atroce : il y a les gens qui « réussissent » et ceux « qui ne sont rien ». Tant que nous vivrons dans ce cadre économique et philosophique, la réussite aura à mes yeux quelque chose de louche, de repoussant. Perdre devient donc une issue de secours. Une manière de retrouver sa dignité quand « la gagne » est le maître-étalon de l’ordre.

Une des figures de la Commune de Paris disait que rien ne déprave autant que le succès : c’est une ligne de conduite intéressante, comprise ainsi ! Mais il y a une seconde dimension, pour parler plus directement des livres. Je ne peux écrire correctement que s’il existe une tension. Iveton était qualifié d’« assassin », Dianou de « terroriste » et le Havre est volontiers considérée comme « la ville la plus moche de France » : ça m’aide de savoir que j’ai, pour commencer, tout contre moi. (rires) Ces deux hommes sont inconnus du grand public : personne n’ira dresser de statues en leur mémoire, personne ne peut s’en revendiquer pour briller dans le cadre en question.

Vous diriez-vous provocateur ?

Pas du tout. Le désir de choquer m’est étranger.

Ce livre sort à la rentrée littéraire : est-ce un choix de votre part ?

C’est un banal problème de calendrier. J’ai commencé à réfléchir à ce projet en 2015, sans savoir si je pourrai le conduire à terme ni me fixer aucune date de rendu. Au fil des rencontres, l’année 2018 s’est imposée dans nos échanges : non pas tant les 30 ans d’Ouvéa, d’ailleurs, célébrés aux mois d’avril et de mai dernier, que le référendum de novembre sur l’autodétermination. J’ai terminé le travail sur le livre en mai ; il a été imprimé cet été ; il devait sortir avant le référendum pour n’être pas aussitôt « dépassé » : ne restait que cette période… Mon envie première – raconter la vie d’Alphonse Dianou – s’est prise, au fil de l’écriture, les pieds dans le tapis de l’actualité : ce n’était d’ailleurs pas inintéressant. Ça m’a déplacé à mesure que j’avançais. À l’arrivée, c’est autant une biographie intemporelle qu’un geste politique inscrit dans un temps court, une contribution à la discussion publique, un livre « en situation ».

Alphonse Dianou , Archive familiale (Photo. transmise par Joseph Andras que nous remercions)

« La France ne sait rien d’Alphonse Dianou », dit l’un de vos témoins. Vous tendez un miroir à notre pays : d’où vous vient cette obstination à regarder les choses en face ?

(Il réfléchit) Votre question est trop vaste. Prenons le domaine qui est le mien : le récit. Et prenons la séquence dans laquelle nous vivons : Bauman, un sociologue, a parlé de « vie liquide » à son sujet. C’est-à-dire le temps de la précarité, des successions sans fin, du jetable, du disloqué, de la bougeotte, de la vitesse. Une ère du déchet, de l’éphémère. Des individus en recherche frénétique d’individualité. Bref, des instants sans traces.
Les récits que je propose évoluent, que je le veuille ou non, dans cette séquence – d’où mon intérêt pour les longues durées, les oublis, les structures historiques. Parler de Dianou, c’est parler de Balade en 1853 et de la Commune. Parler de Fernand Iveton, c’est parler du général de Bourmont en 1830. C’est donc saisir, au présent, ce qui se joue derrière les existences des uns et des autres, les forces sociales et politiques à l’œuvre dans les supposés destins individuels, les anecdotes, les tempéraments, le portrait réduit au seul libre arbitre.

Épigraphe de Kanaky

Cette Commune qui ouvre d’ailleurs votre livre, en épigraphe…

C’est à la fois un héritage à honorer et un problème à résoudre. Les communards ont été massacrés par la République de Thiers et certains d’entre eux, déportés en Nouvelle-Calédonie, ont pourtant appuyé la répression qui s’abattait contre les Kanak colonisés. Louise Michel, elle, a parfaitement compris que c’était une seule et même cause, de Paris à la Grande Terre. Je tenais à lui rendre ce petit hommage.

Que dites-vous à ceux qui diraient « Cette cause n’est pas votre affaire, ça ne vous regarde pas » ?

Qu’ils sont des demeurés. Si la Nouvelle-Calédonie est française, alors j’y suis chez moi autant que dans l’Isère ou dans l’Allier. Si la Nouvelle-Calédonie est vouée à devenir indépendante, alors mon livre est un signe de fraternité et l’affaire est classée. Cette question de légitimité ne date pas d’hier : Gide au Congo, Istrati en URSS, Genet au Liban… Elle n’en reste pas moins conne.

Vous rappelez dans le livre qu’aucun Kanak n’a publié d’ouvrage sur l’affaire d’Ouvéa. Que les sources sont donc majoritairement françaises, à savoir militaires ou journalistiques. N’avez-vous pas craint de parler à la place des Kanak ?

Non. Pour la raison que ce livre repose essentiellement sur des témoignages kanak, que je livre tels quels. Leur parole est centrale, première, et j’assume mon statut de…

… de « courroie », écrivez-vous.

Voilà. Mon travail a, ici, consisté à écouter les gens puis à restituer ce qu’ils avaient à dire, et n’avaient pas toujours eu l’occasion de dire. À essayer de mettre un peu d’ordre dans des récits éclatés, des narrations contradictoires. Il m’a fallu des mois de préparation, il m’a fallu obtenir l’accord de chaque proche d’Alphonse Dianou – et c’était loin d’être gagné, au départ. Je ne suis pas particulièrement serein avec la première personne du singulier mais j’ai rapidement compris que je ne pourrai pas raconter Dianou sans assumer cette subjectivité, fût-elle en retrait. Les contresens, les mensonges, les imprécisions ou les trous noirs rendaient impossible la forme biographique conventionnelle.

D’où « la quête » dont vous parlez dans l’ouvrage.

C’est ça.

Une quête qui vous conduit à mettre, narrativement, sur un même plan l’ensemble des témoignages, des ravisseurs kanak aux généraux, en passant par l’ancien patron du GIGN Philippe Legorjus. Certains pourraient vous reprocher de ne pas prendre partie. 

Ce serait une lecture malhonnête, dans ce cas. Je dis, à plusieurs reprises, que l’objectivité et la neutralité sont des fables au service du pouvoir. Je le dis et, dans le même temps, je tenais à être extrêmement pointilleux en matière de sources. Je suis partial, et c’est la moindre des politesses que de le reconnaître, mais j’ai spontanément un rapport exigeant à la vérité, aux faits. C’est d’ailleurs le prérequis à toute partialité : la rigueur – sans quoi, c’est de la mauvaise propagande de guerre, de la publicité.

 

« Le journaliste examine, l’historien élucide, le militant élabore, le poète empoigne ; reste à l’écrivain de cheminer entre ces quatre frères », écrivez-vous justement en ouverture du livre. L’image est forte, mais que reste-t-il à l’écrivain, alors ?

Il s’agissait de situer mon propos le plus clairement possible. « D’où tu parlescamarade ? », comme on disait en 1968. Je parle ici de ce qu’on appelle communément « la littérature ». Chaque champ a ses propres exigences ; j’empiète volontiers sur les autres, je chaparde certains de leurs outils, je peux même m’y sentir chez moi, mais ce livre n’est, tout bien pesé, que le travail d’un « écrivain ».

Comment définiriez-vous la littérature, justement ?

(Il marque un temps) Des signes qu’on sculpte.

On parle depuis quelque temps de « littérature décoloniale », de « décoloniser » les narrations, les arts, l’Histoire. Vous sentez-vous des affinités avec ce mouvement ?

Je ne connais pas le monde de l’Université, donc ce qui me parvient est très certainement lacunaire. Mais j’ai lu avec intérêt des travaux sur la notion de « pluriversalisme », de « système-monde », sur le décentrement. Sur les penseurs dits « subalternes » ou la racialisation de la question de classe par la conquête du continent américain, l’esclavage et la colonisation. Je crois que la pensée matérialiste socialiste, qui est celle dont je viens, et la pensée décoloniale ont des choses à se dire.

Premier portrait de poètes d’une série, dans L’Humanité, août 2018


Vous avez publié cinq portraits de poètes, cet été, dans L’Humanité. Plusieurs ont connu une fin tragique – comme Iveton et Dianou. Pourquoi cet intérêt pour le martyre ?

Je ne formulerais pas du tout ça ainsi. Le martyre me transit plus qu’il me ravitaille. Je ne sacralise pas le sang versé. Je me méfie du culte de la chair froide. Mourir pour une cause, c’est toujours du courage, mais le courage ne se passe de justifications – il n’est pas une catégorie éthique en tant que telle. J’ai vu, à l’étranger, des villes tapissées de portraits de combattants tombés et sanctifiés : je le comprends mais ça n’est pas un levier d’écriture. Ce qui m’intéresse, c’est le poids du pouvoir politique, économique, du pouvoir central sur les corps : qui peut vivre et avec quelle espérance de vie, qui doit mourir, qui finit en taule et qui n’ira jamais, qui peut avoir un accident du travail et dans quelle proportion, etc.

L’État a tué Iveton, Dianou et, parmi les poètes que vous évoquez, Nasser et Chalamov à petit feu… Des États a priori très différents, pourtant. C’est cette question que je creuse avec ces textes : que peut l’idée de vie juste face aux « battants de la gueule » du Léviathan ? Cela dit, je n’écrirai jamais sur Mandela ou Jean Moulin : l’air y est irrespirable. Je lis le discours de Malraux, « la face informe », « le visage de la France », je chiale. Il n’y a pas de prise littéraire – en tout cas je ne les trouve pas. Iveton et Dianou ont été assassinés, oui, et dans des conditions particulièrement violentes : il n’en reste pas moins que c’est leur vie qui m’a porté, ce qu’ils avaient à dire, hommes ordinaires et anonymes, de leur vivant.

Des « hommes ordinaires » pas si « ordinaires », tout de même. Tous ces individus s’arrachent à leur destin supposé, au cours logique des choses…

L’enfant pousse un cri aussitôt qu’il naît, non ? J’aime à me dire que c’est un heureux avant-goût de l’existence humaine. Que le refus est un mouvement aussi banal et ordinaire que l’expiration. Mais, vous avez raison, il est tout à fait possible que ce soit le contraire. (rires)

L’engagement chrétien de Dianou est l’un des fils rouges du livre. C’est, dans la famille politique qui est la vôtre, plutôt rare de lire ça !

Je ne vais pas paraphraser le bouquin, mais je précise quelque part que je ne suis pas croyant et que ce n’était pas cette dimension du personnage qui m’a affecté en premier lieu. Mais la foi, quand elle n’a pas vocation à encadrer la vie de la Cité, ne me pose pas de problème en matière d’alliances, de compagnonnage, de lutte commune. J’aime mieux un croyant vivant qu’un athée installé dans l’état des choses.

Vous avez fait le choix de conserver la langue orale parlée par les Kanak – de la même manière que vous aviez mis des mots en arabe dans De nos frères blessés. Pourquoi ?

Ça n’a pas été un choix : je n’ai pas pensé une seconde à retravailler la langue des témoins. Par rigueur méthodologique, d’une part ; par souci littéraire, de l’autre : leur syntaxe et leur vocabulaire ne sont pas toujours celui de la narration : cette rencontre, ces croisements participent de l’ensemble du projet.

De nos frères blessés va d’ailleurs être porté à l’écran : comment avance le projet ?

Aucune idée.

En 2011, Mathieu Kassovitz a sorti un film sur l’histoire de la grotte d’Ouvéa, L’Ordre et la Morale, qui n’a pas trouvé son public. L’avez-vous rencontré durant l’écriture de votre livre ?

Du tout. Mais son film a compté pour moi.

Vous raillez, au détour d’une page, les humanistes à « la conscience claire ». Pourquoi ?

Le mot « humanisme » ne me fait pas frissonner. Pour deux raisons.
Une me vient, grosso modo, du Marx d’après les Manuscrits, celui qui s’éloigne de Feuerbach – le piège de l’Homme abstrait, de l’essence humaine comme attribut universel. Ce qui existe, c’est une condition humaine et des humains pris dans des rapports sociaux de production – l’humanisme, comme idéologie de la bourgeoisie, se satisfait très bien des « contre-hommes » ouvriers ou indigènes…

L’autre raison est plus globale. L’espèce qui a inventé l’humanisme provoque à l’heure qu’il est le recul du nombre de vertébrés sur Terre, la montée du niveau des océans, la déforestation de masse et la pollution des sols : ça n’a pas l’air d’être un franc succès… Notre espèce est intéressante, mais elle ne représente que 0, 01 % de la biomasse terrestre : c’est tout de même beaucoup de boucan pour pas grand-chose ! (rires) En sacralisant l’Homme, on l’a sorti du monde, végétal et animal. C’est la critique bien connue de Lévi-Strauss. L’Homo sapiens s’est couronné lui-même, comme Napoléon : il a construit l’animalité en opposition, il s’est voulu maître, possesseur, seigneur de la « création ». De la Bible à Descartes, c’est la même obsession. Il a inventorié, classé, trié, hiérarchisé – d’abord entre lui et le monde, puis entre lui et lui : les animaux lui étaient inférieurs, puis certains de ses congénères aussi. On citait Érasme et Montaigne tout en parquant les peuples premiers et en refusant aux femmes l’accès à la citoyenneté. Croire qu’il existe une sacralité humaine spécifique, un « propre de l’Homme » tellement génial qu’il justifie de tenir le reste pour incomplet, mal fichu ou digne de mourir du seul fait d’être ce qu’il est, ça me paraît odieux. Lévi-Strauss parlait d’une « humilité principielle » comme point de départ pour penser l’humanité, l’humanité incorporée au monde. Je préfère ça. Les arbres peuvent vivre sans nous, pas l’inverse : ils absorbaient le gaz carbonique et libéraient de l’oxygène pendant qu’on foutait des gens dans des trains. On me dira que les babouins n’ont pas construit la chapelle Sixtine : c’est vrai, mais ils n’ont pas construit la bombe à fission non plus !

Vous êtes misanthrope ?

Non. Je nous trouve seulement trop narcissiques. J’ai beau chercher, je ne vois pas au nom de quoi un lapin, une souris, une sauterelle ou un vautour auraient moins de légitimité à être au monde, à appartenir au cosmos que nous. Donc quand on me chante la « dignité humaine » et qu’on me parle d’« humanisme », je tâche seulement de m’assurer qu’elle ne camoufle pas des crimes de masse : la mise à sac des écosystèmes et les animaux torturés dans des laboratoires, parqués, gazés, exécutés en bas âge dans des abattoirs pour être vendus.

L’Algérie, la Nouvelle-Calédonie, le Chiapas zapatiste dans le cadre d’une Brigade d’observation civile : on pourrait vous considérer comme un « écrivain-voyageur ». Qu’est-ce d’ailleurs que le voyage, à l’heure du tourisme de masse et des migrations planétaires ?

Je ne me vois pas ainsi. Je les lis, je les lis même avec plaisir – les Cendrars, les Kavvadias… J’éprouve une sorte de candeur bienveillante quand j’entends les noms Kessel ou Stevenson. J’ai, comme tout le monde, de la sympathie pour les mots « quais », « port », « cargo », « horizon », « bivouac » ou « steppes ». Mais il me semble que l’écrivain-voyageur voyage pour voyager. Chaque pas est son but. Il y a d’ailleurs un individualisme souvent féroce chez les bourlingueurs et les aventuriers… Kerouac écrit Sur la route puis approuve la guerre contre le Vietnam, et rien n’indique que ce soit contradictoire.

En l’état, je pars pour revenir, pour m’appuyer sur ce que j’ai vu ou écrire dessus. Je voyage donc à des fins politiques. Je suis allé près de deux mois au Mexique pour intégrer cette brigade au sein d’une communauté « indienne » qui craint pour sa sécurité en raison de la présence paramilitaire, pour approcher, seulement du bout des doigts, le processus révolutionnaire zapatiste qui se poursuit depuis 1994. Pour travailler, aussi, sur l’exil des années 1940 ou la figure de Trotsky. Autrement, j’aime mieux marcher dans la campagne aveyronnaise que croiser des touristes qui se sont « ressourcés » dans trois pays en moins de trois semaines. (rires).

 

Source et suite sur : https://diacritik.com/2018/09/03/joseph-andras-kanaky-est-autant-une-biographie-intemporelle-quun-geste-politique-le-grand-entretien/#more-35230

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17 février 2019

Contre le racisme d'Etat et les violences policières

affiche-marche-16-mars-bat-01-2

 

Ensemble face à l’Oppression et la Répression

Riposte populaire !

 

Nous, familles des victimes tuées, violées, mutilées, blessées par la police ;

Nous, migrant.e-s chassé.e-s, torturé.e-s, traumatisé.e-s, persécuté.e-s par l’Etat et le système des frontières ;

Nous, habitant.e-s des quartiers populaires harcelé.e-s et humilié.e-s au quotidien par les forces de police et ciblé-e-s par le racisme d’Etat ;

Soutenu.e-s par des collectifs, des associations, des syndicats et des partis politiques ;

 

Nous marcherons ensemble, contre le racisme d'Etat et les violences policières

Samedi 16 mars 2019 à 13h12 à Place de la Madeleine à Paris.

 

Dans un contexte où les violences policières, d’abord principalement exercées dans les quartiers populaires, s’étendent de plus en plus à toute la société,

Dans un contexte d'état d'urgence constitutionnalisé où nos libertés reculent et les violences d'Etat gagnent du terrain contre l'ensemble de la population, avec notamment depuis le 17 novembre plus de 1000 condamnations, près de 3000 blessé.e-s, dont une centaine gravement, et plus de 20 mutilé.e-s et 1 morte Mme Zineb Redouane,

Dans un contexte où le racisme progresse,

 

Nous protesterons, contre la logique du capitalisme qui divise pour mieux régner et briser le tissu social, contre l'apologie de la haine de l'autre, contre le délit de solidarité, contre toutes les formes de discriminations qui privent leurs victimes de leurs droits à l’embauche, au logement, à la santé, à l’éducation.

Nous protesterons contre l’impunité policière et pour la mémoire de celles et ceux morts sous les coups des violences policières.

Nous manifesterons pour le droit d'exister et de protester, pour le droit d'être ce que nous sommes et pour le droit d'exprimer publiquement nos opinions politiques.

 

Nous manifesterons pour construire une société égalitaire fondée sur la justice, la vérité et la dignité de chacun.e.

 

Ensemble, pour exiger un autre modèle de société :

 

  • Vérité et Justice pour toutes les victimes de violences policières et du système des frontières
  • Interdiction de la Clé d'étranglement, du Pliage et du Plaquage ventral (Techniques d’immobilisation mortelles utilisées par la police) et des contrôles au faciès
  • Retrait des LBD, des Flashball, de tous les types de grenades et du pistolet à impulsion électrique
  • Régularisation de tous les sans-papiers et abrogation de la loi asile-immigration
  • Liberté de circulation et d’installation et fermeture des centres de rétention
  • Abrogation de toutes les lois xénophobes et racistes
  • Égalité des droits dans l’accès au logement avec ou sans papiers, l’emploi, la retraite, la formation et la santé
  • Droit des résidents des foyers à un logement décent et stable, qu’il soit individuel ou collectif
  • Droit à la vie privée, droit d’héberger, droit de maintenir ses pratiques culturelles de solidarité et d’entraide dans les foyers.

 

appel-16-mars-2019-2

 

01 janvier 2019

Poème de Jean Pierre Rosnay : Impossible

Je dédie ce poème à Annie Polak décedée le 15.12.2018

Avec toutes mes pensées pour elle et sa famille.

 

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IMPOSSIBLE

Je sais que mon sort vous indiffére

Et c'est très normal.

Lorsque j'ai mal aux dents,

Vous n'en pouvez rien sentir.

Mes dents sont dans ma bouche,

Ma bouche est dans ma tête,

Et même quand ma tête est près de votre tête,

Vous ne pouvez pas sentir

Mon chaud, mon froid, ma peine.

Et chacun dans notre coquille,

Nous ne pouvons rien l'un pour l'autre

Qu'un peu de nerfs à fleur de peau.

 

Les livres, les rêves, et les parents ont torts;

Et je souffre de leurs mensonges

Lorsque j'essaie eperdument

Avec douceur, avec rage, avec desespoir,

d'aller visiter une autre âme,

où j'aurais trouvé des coussins,

du velours, une douce musique.

J'aurai tant voulu aller plus loin,

Enjamber votre sourire, votre voix, votre forme, vos gestes,

Vos nuances.

 

Impossible, c'est impossible !

Lorsque j'ai mal aux dents,

Vous n'en pouvez rien sentir.

Mes dents sont dans ma bouche,

Ma bouche est dans ma tête,

Et même quand ma tête est prêt de votre tête,

Vous ne pouvez pas sentir

Mon chaud, mon froid, ma peine.

 

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12 octobre 2018

NOIR LIBRE

https://noirlibre.bandcamp.com/album/diaspora-inspiration-lessence-des-braves

 

http://lerapenfrance.fr/interview-noir-libre/

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15 août 2018

Angelo Garand : On court tant qu'on peut !

« Le jeudi 30 mars 2017 vers 13h alors qu'une grillade cuit dans la cour, un commando de l'antenne du GIGN de Joué-les-Tours prend d'assaut la propriété de la famille Garand à Seur, près de Blois (41). Les gendarmes mettent en joue et menottent les membres de la famille, fouillant brutalement les lieux. Ils sont prêts à repartir quand un léger bruit se fait entendre dans une remise où Angelo s'est réfugié. Angelo est abattu sans sommation. »

Ainsi commence « On court tant qu'on peut ! », un ciné-tract du collectif Lettres communes réalisé entre le 19 mai et le 3 juillet 2018 en soutien à notre exigence de Justice et Vérité pour Angelo, et toutes les victimes de la violence des agents de la force publique qui en abusent impunément. 

Nous y témoignons des circonstances qui ont entouré la mise à mort d'Angelo et du combat que nous menons depuis, au cours d'entretiens filmés lors de la Fête de l'Insurrection gitane à St-Denis, puis sur les lieux-mêmes du drame, à Seur. C'est au domicile où ils l'ont vécu, et où ils doivent depuis continuer à vivre, que père et mère se livrent sur le moment de terreur lors duquel Angelo leur fils aîné a été criblé de 5 balles dans le torse par deux des gendarmes censés l'interpeller. Le court documentaire rend compte de l'inhumaine violence physique et morale faite à notre famille, à travers l'envoi du commando lourdement armé qui a pris la vie d'Angelo et malmené nos proches sur place ; puis à travers des suites policières et médiatiques méprisant notre traumatisme et insultant la mémoire de notre défunt.

Début juillet, au moment précis où nous recevons ce ciné-tract comme un cadeau douloureusement salutaire, rendant justice à Angelo et à notre combat pour la vérité, nous apprenons une nouvelle judiciaire aussi attendue qu'insupportable. Le procureur de Blois a depuis le 6 juin formulé ses réquisitions quant aux suites à donner à l'instruction, dans laquelle nous sommes parties civiles. Sans surprise, il recommande à la juge dirigeant l'enquête d'ordonner un non-lieu, ce qui mettrait fin à la procédure sans poursuite. Plus aucune infraction ne serait alors reprochée aux deux gendarmes auteurs des tirs mortels. Déjà, lors de leur mise en examen, le procureur ne demandait que leur placement sous statut de témoin assisté.

Répondant à cet avis scandaleux, notre avocate a transmis nos observations à la juge ayant ordonné de mettre en examen les deux tireurs pour « violences avec arme ayant entraîné la mort sans intention de la donner ». C'est à cette même juge que revient maintenant la décision : suivre la demande de non-lieu du Parquet, ou bien au contraire envoyer les deux tireurs devant la seule juridiction de jugement possible pour une telle qualification pénale, la Cour d'Assises.

Pour notre part, nous constatons que dans son réquisitoire, le procureur fait soigneusement l'impasse sur des points importants permettant de mettre en doute les affirmations des gendarmes, et de prendre en considération les témoins de notre famille. Il préfère citer artificiellement des éléments du casier judiciaire d'Angelo sans lien avec sa mise à mort. Dans ce « dossier » comme dans tellement d'autres, le Parquet, représentant de l'État dans l'institution judiciaire, se comporte avec ses forces dites de l'ordre comme une mère protégeant inconditionnellement ses enfants quelles que soient leurs fautes.

C'est ainsi que l'État français est régulièrement condamné par la Cour Européenne des Droits de l'Homme pour violation de droits fondamentaux, faute de poursuivre en justice des usages abusifs de la force publique, lorsque gendarmes ou policiers exercent des actes de violence outrepassant l'obligation d'absolue nécessité ou de proportionnalité, et caractérisant des traitements cruels, inhumains et dégradants, ou violant le droit à la vie.

Voilà pourquoi nous parlons de Violence d'État. Notre combat pour la mémoire d'Angelo rejoint toutes les luttes contre cette violence souvent discriminatoire lorsqu'elle vise au quotidien les plus pauvres, les racisé⋅es, les sans-papiers, toujours répressive lorsqu'elle cible quiconque se mobilise fraternellement pour nos droits, pour l'égalité réelle et la justice sociale. Les usages abusifs de la force publique concernent l'ensemble de notre société, mais font en même temps l'objet d'un profond déni politico-médiatique, qui nous invite à rendre notre combat aussi visible que possible, afin d'informer au mieux la population, et permettre ainsi à chacune et chacun de nous rejoindre. 

Car nous le savons, nous qui luttons avec toutes les familles de victimes et leurs soutiens comme une seule grande et digne famille, seuls les liens que nous créons, nos solidarités les plus larges avec le plus grand nombre, pourront venir à bout de cette violence d'État.

C'est sur cette idée forte que s'achève « On court tant qu'on peut ! », un ciné-tract que nous vous remercions de relayer autant que vous le pourrez.


La famille Garand et ses soutiens, le 13 août 2018.

29 juillet 2018

Des photos de la Marche pour Adama Traoré

Marche pour Adama Traoré mort le jour de ses 24 ans entre les mains des gendarmes à Persan, le 19 juillet 2016. Ce 21 juillet 2018 à Beaumont-sur-Oise, ce sont plus de 2500 citoyens, Beaumontois, familles de victimes de violences policières, blessés et mutilés par la police, soutiens et militants, qui défilent pour demander vérité et justice pour toutes les victimes, ainsi que la fin de l'impunité dont bénéficient les agents des forces de l'ordre incriminés.

 

http://hanslucas.com/elfersan/photo/17793

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