04 juillet 2008
MARINA PETRELLA, EN GRÈVE DE LA VIE
Sa mère se laisse mourir, elle le sait bien. Elisa allume une cigarette sans trembler. "Ce
n'est même pas une crise suicidaire, c'est une baisse de l'énergie vitale.
Elle boit un peu d'eau, le reste, elle s'en fout, explique calmement la jeune femme.
On peut mourir de tristesse, vous savez. Je supporte parce
que je n'y pense pas. On n'est pas des gens à se complaire là-dedans."
Marina Petrella, 54 ans, ancienne dirigeante des Brigades rouges, attend la
mort sans hâte dans une cellule de l'unité psychiatrique de la maison
d'arrêt de Fleury-Mérogis (Essone). Elle a été arrêtée un peu par hasard en
août 2007, alors qu'elle travaillait comme assistante sociale, après avoir
passé quinze ans à reconstruire sa vie en France. Avec ses deux filles et
des papiers en règle.
ÉTAT DÉPRESSIF GRAVISSIME
Le premier ministre, François Fillon, a signé son décret d'extradition le 9 juin. Elle a, sans illusions, saisi le Conseil d'Etat, qui ne rendra pas sa décision avant plusieurs mois. Marina Petrella n'attend plus rien. Le médecin de la prison de Fresnes a noté, le 11 avril, "état dépressif gravissime, douleur morale, idées de mort extrêmement prégnantes, angoisse avec vécu somatique, sensation d'avenir bouché, l'ensemble évoquant une crise suicidaire franche et très inquiétante". Le 9 juin, un autre médecin, le docteur Jean-François Bloch-Lainé, s'alarme de cet "abandon de vie" et relève qu'elle perd "2 kg par semaine". "Son état ne l'intéresse plus, s'inquiète le médecin. Mme Petrella ne se nourrit plus, ne boit plus, ne communique plus, et lâche prise dans un état de dépression important." Ses avocats demandent au gouvernement d'appliquer la "clause humanitaire" de la Convention européenne d'extradition de 1957, qui autorise à ne pas extrader une personne "en raison de son âge ou de son état de santé".
Elisa, sa fille, connaît bien la prison, elle y est née. Un 25 août, il y a presque vingt-cinq ans, à Rome. Elle y est restée dix-huit mois avant d'être confiée à Léa, sa grand-mère, qui avait au début des années 1980 toute sa famille en prison, son fils, sa fille, son gendre. Près de 60 000 personnes ont été inculpées, 5 000 ont été incarcérées pendant "les années de plomb" en Italie lors d'énormes procès, après le vote de lois spéciales. L'Italie baignait alors dans "une véritable guerre civile, bien que de basse intensité", a reconnu Giovanni Pellegrino, le président de la commission parlementaire d'enquête.
Elisa n'en garde pas un mauvais souvenir. "Quand ils sortaient de prison, les gens se retrouvaient pour comprendre ce qui s'était passé, raconte la jeune femme. On n'oubliait pas ceux qui y étaient encore, je me rappelle cette solidarité fondamentale, c'était une belle leçon de vie." Marina, sa mère, a été incarcérée huit ans avant d'être libérée sous contrôle judiciaire, la durée maximale de la détention provisoire ayant été atteinte. Elle a encore attendu cinq ans avant d'être définitivement condamnée, le 4 mai 1993, à la réclusion à perpétuité. Marina Petrella n'a pas été jugée par contumace, elle était à son procès, mais ses juges n'ont pas délivré de mandat d'arrêt. Des mois ont passé. "On ne se cachait pas, raconte Elisa. Un jour,elle m'a dit, on va vivre à Paris." A Paris, il y a des amis. Sur les conseils de Mes Jean-Jacques de Felice et Irène Terrel, les infatigables avocats des Italiens, Marina écrit au procureur de Paris et aux autorités italiennes pour déclarer sa présence. Elisa est inscrite à l'école italienne, Marina est serveuse à Saint-Ouen.
Rome envoie une demande
d'extradition en 1994. On reproche à Marina Petrella sept crimes, parmi
lesquels la séquestration d'un magistrat, et surtout, en tant que membre de la direction romaine des Brigades rouges, la participation à l'organisation de cinq agressions dont l'assassinat d'un commissaire de police. "On n'a
plus fait que travailler pour s'intégrer en France, explique Elisa, on se sentait protégé, on entrait dans les critères de la doctrine Mitterrand." Le président de la République avait déclaré le 26 avril 1985, devant le 65e congrès de la Ligue des droits de l'homme, que les Italiens, qui "ont participé à l'action terroriste en Italie depuis de longues années" mais "ont rompu avec la machine infernale",et se sont réinsérés "étaient à l'abri de toute sanction par voie d'extradition". La parole du chef de l'Etat a engagé la France pendant dix-sept ans, sous neuf gouvernements. Dominique Perben, garde des sceaux du
gouvernement Raffarin, a rompu l'engagement en extradant au milieu du mois
d'août 2002 Paolo Persichetti, un professeur de l'université Paris-VIII.
(...)
Un jour, en 2002, à 6 heures du
matin, trois hommes frappent à la porte, juste après l'affaire Persichetti. Trois policiers en civil, qui analysent leurs portables et l'ordinateur.
Marina fait aussitôt un courrier à la mairie pour dire qui elle est, on lui
répond qu'il n'y a pas de soucis. Elle se jette bientôt dans le travail
social, qui la dévore, dans le Val-d'Oise. "Elle se battait pour que les
gens se prennent en charge, explique Anne Ouvrard, directrice d'un foyer
de jeunes travailleurs. Pas le genre à se plaindre. Et elle ne comptait
pas ses heures."
Le 22 août 2007, Marina est convoquée au commissariat d’Argenteuil. Un an auparavant, elle avait vendu une voiture à un garage qui avait omis de faire le changement de carte grise. Elle y va, son certificat de cession à la main, « Ils lui ont demandé le nom de son père et de sa mère, raconte Ahmed, et à la troisième question : « Est-ce que vous avez des armes à la maison ? », j’ai senti que ça tournait mal. » Marina est menottée, incarcérée, la cour d’appel confirme l’extradition, puis la Cour de cassation.
Son comité de soutien tempête contre le reniement de l’Etat, dans une indifférence polie. Seuls le député Patrick Braouezec et la sénatrice Dominique Voynet bataillent pour la prisonnière ; Jean-Pierre Dubois, le président de la Ligue des droits de l’homme, s’inquiète que la France propose l’asile aux guérilleros des FARC et extrade une Italienne rangée des voitures. Rien n’y fait.
Tout doucement, Marina se laisse couler, abasourdie par cette répétition de l’histoire. Elisa est née en détention, et quand Emma, 10 ans, a besoin d’elle, Marina n’a de nouveau que la perpétuité pour horizon. Quand sa mère a été arrêtée, la petite fille a passé quarante-huit heures sans parler. Un jour, au parloir, la fillette n’a plus voulu lui faire un câlin. Et puis elle n’a plus voulu venir du tout.
Marina a été placée en hôpital psychiatrique, dans un isolement absolu. Elle regarde le plafond, on la sort un quart d’heure par jour. Elle refuse toutes les visites. « Elle préfère mourir qu’être enterrée vivante, dit Ahmed, elle dit que, comme ça, ses filles pourront faire leur deuil. »
Marina vient de lui envoyer une belle photo de mer, pleine de soleil. Elle a écrit au dos : « Ça aurait pu être la mer de la Crète, mais nous ne la verrons jamais. Nous avons passé de bons et de mauvais moments, mais ce n’est pas le moment de faire le bilan, contentons-nous de l’avoir vécu. Et maintenant, je te demande de t’occuper qu’Emma grandisse saine, pas obéissante ou rebelle, mais saine, avec de bons principes. Quant à toi, tu as été le dernier homme que j’ai aimé… comme je te l’avais promis. » Il a toujours la lettre sur lui. Il a si peur que ce soit la dernière.
Franck Johannès
(Paru dans Le Monde daté du 01/07/08)
RWANDA
Rwanda/Politique
*Génocide des Tutsi: Kagamé déclare que des ressortissants français vont
être poursuivis*
**
*Kigali, 02 juillet (ARI) - *Lactuel président rwandais, Paul Kagamé, a
déclaré que le Rwanda pourrait engager des poursuites pour crime à
lencontre de certains ressortissants français eu égard à leur rôle
présumé dans le génocide de 1994 au Rwanda.
Lundi dernier, en Egypte, Paul Kagamé a annoncé que la publication
prochaine dun rapport prouvant le rôle de la France officielle dans le
génocide qui a conduit au massacre de plus dun million dÊtres humains
allait donner le feu vert à des procédures à lencontre de certains
officiels.
« Le rapport identifie ceux qui ont encouragé les milices et nos juges
vont probablement procéder à linculpation de certains dentre eux », a
déclaré Paul Kagamé à la télévision Bloomberg au cours dune interview
accordée à loccasion dun meeting de lUnion Africaine à
Sharm-el-Sheikh en Egypte. Il na apparemment pas identifié ceux qui
seront inculpés.
A loccasion dune conférence de presse tenue le mois dernier, le
président rwandais avait déclaré que le gouvernement de Kigali était en
train de finaliser le rapport établi par un panel de sept membres sous
la direction de lancien ministre rwandais de la Justice, Jean de Dieu
Mucyo. La publication de ce rapport est attendue courant juillet.
« Il ne saurait y avoir de justice distincte pour lEurope et lAfrique
», a déclaré le président rwandais. Sil savérait quelles soient
différentes, ce ne serait certainement pas en conséquence dune
extension du pouvoir juridictionnel européen à dautres pays,
particulièrement en Afrique. »
Les autorités rwandaises ont déjà donné leur feu vert à une note qui
donnerait aux juges rwandais une compétence internationale, ce qui
signifie quils pourraient inculper des étrangers.
Le président français Nicolas Sarkozy - lui-même désigné par un témoin
de haut rang à la commission denquête rwandaise comme ayant fait parti
des acteurs du plan de financement du génocide a cherché à normaliser
les relations entre la France et le Rwanda. Le ministre français des
Affaires Etrangères, Bernard Kouchner, sest, quant à lui, déjà rendu au
Rwanda sans pour autant reconnaître la responsabilité de la France.
« Nous voulons tourner la page, nous voulons regarder vers lavenir »,
avait déclaré Nicolas Sarkozy à lissue dune rencontre avec son
homologue rwandais à loccasion du sommet Europe-Afrique de Lisbonne en
décembre dernier. Le président français avait alors décrit cette
rencontre comme étant « le point de départ de la normalisation » des
liens entre les deux pays.
Au cours de lenquête de la Commission rwandaise, de nombreux témoins
triés sur le volet ont mis en avant laide apportée, sur les ordres de
Paris alors sous la présidence de feu François Mitterrand - par des
officiers militaires supérieurs français à lancien gouvernement rwandais.
De 1993 à 1995, Nicolas Sarkozy était ministre du Budget dans le
gouvernement dEdouard Balladur. Cest au cours de cette période que
plusieurs millions de francs français auraient, selon certaines sources,
été utilisés pour acheter des armes au profit du gouvernement
dHabyarimana qui plus tard seront mis au service de la machine
génocidaire.
Dautres officiels français sont dans le collimateur de Kigali, dont
l'ancien Premier ministre Dominique de Villepin ainsi que l'actuel
ambassadeur français en Espagne, Bruno Delaye.
* Source : Rwanda News Agency/Agence Rwandaise d'Information (ARI/RNA)
Traduction de notre correspondant à Paris, Serge Farnel *
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30 juin 2008
Pour une Méditerranée des luttes
-
Pour la paix, la justice sociale, le droit des peuples et les libertés !
contre le colonialisme et l’impérialisme !Manifestons samedi 5 juillet !
-
Loin d’être novatrice, l’Union pour la Méditerranée se place en réalité dans la droite ligne du processus de Barcelone lancé en novembre 1995 par l’Union européenne (UE), et est présentée par Bernard Kouchner, ministre français des Affaires étrangères, comme « un coup de jeune du Processus de Barcelone ». Tous les pays de l’UE y sont invités ainsi que 11 États du Sud et de l’Est de la Méditerranée (Maroc, Algérie, Tunisie, Égypte, Israël, Jordanie, Liban, Syrie, Turquie, Albanie et Mauritanie) et l’Autorité palestinienne, qui n’a pas de souveraineté.
Inquiétant lorsque l’on connait le contenu de ce processus et ses conséquences. Car si la « coopération » euro méditerranéenne a bien des finalités, elles sont d’une banalité peu surprenante.
Économiques tout d’abord, avec la construction d’un espace de libre-échange et de libéralisation du marché d’ici 2010. Celle-ci se concrétise par des privatisations et dans la suite logique par la prise en main des entreprises par des groupes capitalistes du Nord. Une politique qui a bien entendu des conséquences sociales dramatiques : licenciements, augmentation des inégalités avec le développement de bourgeoisies locales quand les peuples restent dans la misère (difficultés d’accès aux droits fondamentaux – soins, alimentation, travail, logement, éducation, etc. –, hausse des prix, etc.). Le ministère français des affaires étrangères le dit très clairement sur son site Internet, au sujet des relations entre la France et le Maghreb : « Les pays du Maghreb (Libye, Tunisie, Algérie, Maroc, Mauritanie) [constituent] un marché et un partenaire économique : nous sommes le premier fournisseur de la Tunisie, de l’Algérie et du Maroc. L’ensemble du Maghreb ouvre de bonnes perspectives d’avenir : réformes, privatisations, grands chantiers et nouveaux marchés lié à la modernisation ».
Les enjeux sont aussi « sécuritaires », à travers notamment les prétendues luttes contre le terrorisme et la corruption. Inefficiente pour la seconde, car trop d’intérêts sont en jeu et que la corruption est érigée en véritable mode de gouvernance, elles sont utilisées comme argument pour jeter des militants, notamment des jeunes, en prison. En effet, les atteintes aux droits humains, la torture, la répression des opposants, le musellement des libertés d’association et de presse, la mise en place de législations liberticides d’exception sont le lot quotidien des populations du sud de la Méditerranée. Et bien sûr, derrière le mot sécuritaire se profile le sujet de l’immigration. Parce que cet espace méditerranéen est aussi celui d’une maîtrise accrue, violente et meurtrière des migrations : moyens de contrôle et répression (notamment maritimes) renforcés, sous-traitance de la gestion des flux migratoires aux pays de premières frontières extérieures (Maroc, Algérie, Libye et Mauritanie notamment) pour empêcher l’arrivée sur le territoire européen des populations africaines. La libre circulation, c’est bon pour les capitaux et les patrons, pas pour les êtres humains, notamment les plus pauvres… Citons encore une fois le ministère français des Affaires étrangères : « Nous partageons avec ces pays une proximité culturelle et des enjeux communs : liens avec la France et avec l’UE, défi de la mondialisation, pression islamiste, pression migratoire (comme pays d’émigration et, de plus en plus, comme pays de transit), terrorisme (notamment comme cibles). »
Et toutes ces formes de répression sont également utilisées contre les mouvements sociaux : droit syndical bafoué, licenciement et même arrestation des militants (détenus du 1er Mai au Maroc, par exemple), bien loin du prétendu respect et renforcement des droits de l’homme que l’espace euroméditerranéen est censé développer et que le processus de Barcelone estime mettre en avant.
Enfin, cette nouvelle Union serait censée développer la paix… Mais sur quels fondements ? Sur celui du statu quo, comme cela semble être le cas jusqu’à présent, ou sur celui de la fin des colonialismes et des dominations de type impérialiste du Nord sur le Sud, d’Israël sur la Palestine, la Syrie et le Liban ; mais aussi entre pays du Sud ou du Nord, bref sur le respect des droits des peuples à disposer d’eux-mêmes ? D’autant plus que cette Union pour la Méditerranée vise aussi à avaliser le fait colonial israélien et à fermer la porte de l’Union européenne à la Turquie.
Parce que cette « nouvelle union » est un outil au service des puissants et de leurs intérêts nous appelons à la construction d’une union méditerranéenne des peuples et des luttes pour :
• le respect des droits humains et le développement des libertés fondamentales, notamment en terme de droit syndical et de libertés de presse, d’expression et d’organisation ;
• la libération de tous les détenus d’opinion, l’arrêt de la torture, la fin des régimes d’exception et de terreur et le droit de tout un chacun de pouvoir se défendre juridiquement ;
• l’arrêt des politiques économiques de privatisation des services publics et d’attaque des droits sociaux des travailleurs ;
• la libre circulation des personnes, la fermeture des lieux d’enfermement et l’annulation de tous les accords de lutte contre les migrations ;
• la décolonisation effective, politique, sociale, culturelle et économique ;
• le droit au retour des réfugiés ;
• le respect de toutes les cultures.Samedi 5 juillet 2008
Manifestation 14 h 30 à Paris, M° Place de clichy
Concert-meeting (entrée libre)
Avec notamment Mohamed Bahr, Fred Alpi & Pizko
et des interventions de militants syndicalistes et associatifs tunisiens, marocains, palestiniens, etc.
18 heures à la CIP-IDF
M° Corentin-Cariou, 14/16 quai de la Charente
(Tables de presse, buvette)Premiers signataires :
Association des Marocains en France (AMF),
Association des Palestiniens en France (APF),
Association des Tunisiens en France (ATF),
Association des travailleurs maghrébins de France (ATMF),
Attac - France
Campagne civile internationale pour la protection du peuple palestinien
(CCIPPP),
Cedetim,
Confédération nationale du travail (CNT),
FACS,
Fédération des Tunisiens citoyens des deux rives (FTCR),
Génération Palestine,
Justice sociale pour les quartiers (JSQ)
Union générale des étudiants palestiniens (GUPS)
Mouvement des Indigènes de la République (MIR),
Rassemblement des associations citoyennes des originaires de Turquie
(RACORT),
Sierra Maestra,
Union juive française pour la paix (UJFP),
Union des travailleurs immigrés tunisiens (UTIT),
Association Voie démocratique France…
29 juin 2008
Témoignage de l'incendie du centre de rétention de Vincennes
Par un détenu
Samedi 28 juin 2008.
« Samedi, on a vu par la fenêtre et à travers la grille qu'ils ont
transféré le corps [de la personne décédée dans le CRA 2].
Dimanche ça a commencé vers 15h, il s'est passé quelque chose dans un
autre bâtiment, ça a brulé.
Il y a eu une bagarre avec les policiers vers 15h. Je voyais deux
policiers, ils étaient énervés, ils ont appelé quelqu'un. Ils sont
venu le chercher par la force pour aller au consulat ou au tribunal,
je sais pas. Les autres [des retenus] n'étaient pas contents de la
façon dont ils l'ont pris. Ils ont crié sur les policiers, ils ont
pris des pierres et les ont jetées sur les policiers dans la cour. Je
ne sais pas comment ils ont eu ces pierres. Les policiers ont lancé
des gaz, c'est là que ça a commencé. Il y avait presque tout le monde
sauf ceux qui étaient à l'intérieur.
Quand la bagarre a commencé, j'ai donné des conseils pour pas faire la
bagarre. Je ne me suis pas approché des policiers. Je me suis sauvé
dès le début, il y avait des cameras partout, je voulais pas qu'elles
me prennent. J'ai pris mes affaires, mes documents, je suis passé au
réfectoire, d'autres sont restés devant les grilles, les policiers ont
lancé les gaz, tout le monde a commencé à paniquer, on s'inquiétait.
J'ai vu les fumées du feu, tout le monde a paniqué. On a couru dans
tous les sens, certains ont cassé un peu tout, des vitres, des
caméras. Les policiers se sont sauvés quand ils ont vu le feu, ils
nous ont laissés seuls. Après, les pompiers sont venus éteindre le
feu. Ils sont venus un peu en retard. S'ils étaient venus plus tôt,
ils auraient pu arrêter le feu. On savait pas où aller. Les CRS sont
venus. Ils ont essayé de mettre des barrières pour que personne ne se
sauve par la porte, beaucoup n'avaient plus de force. Je n'ai pas vu
de policier taper quelqu'un, on ne voyait pas tellement. Il y avait de
la fumée qui venait de l'autre bâtiment. Les policiers nous ont
emmenés jusqu'au gymnase, nous avons couru jusque là bas pour nous
protéger du feu.
On s'est retrouvé dans le gymnase. Le feu continuait à flamber. Ceux
qui toussaient se sont couchés par terre. Les pompiers sont allés
donner un coup de main, ils nous donnaient de l'eau pour laver notre
figure. On ne nous a pas gazés dans le gymnase mais il restait des gaz
du CRA 1, l'effet dure longtemps.
On est resté 30 à 40 minutes dans le gymnase. Il y avait des policiers
derrière nous. Il y a avait le Samu. Après sont arrivés la Croix Rouge
et Médecins Sans Frontières, ils nous ont parlé et donné de l'eau,
ils étaient un peu nombreux, presque une dizaine, tous en uniforme
sans quoi ils n'auraient pas pu rentrer dans le centre.
Vers 17 heures, ils nous ont sortis dans la cour [de l'école de
police]. Les gens nous donnaient de l'eau. On est resté là bas
jusqu'au moment ou ils nous transférés dans les autres centres de
retention.
Quand l'[ex]maire de Montreuil [Brard] est venu, ils nous ont dit de
désigner un délégué pour parler avec l'[ex]maire et le préfet de
Paris. Koné [mis ce jour là en garde à vue et inculpé depuis mercredi
pour dégradation, en liberté en attendant le procès] s'est porté
volontaire. Il est parti tout seul avec les policiers et l'[ex]maire
de Montreuil. L'[ex]maire nous soutenait, il voulait qu'on nous
libère. Le préfet ne voulait pas. Ils ont fait une réunion qui n'a pas
abouti. Ils sont rentrés chez eux après la réunion, ils ne nous ont
pas tenus informés de ce qu'ils avaient convenu.
Vers 20 heures ou 21 heures, ils nous ont dit d'aller manger. Certains
y sont allés, moi pas, j'étais fâché. On avait peur, on ne savait pas
ce qu'ils allaient nous faire en y allant. Ceux qui sont allés manger
sont revenus après.
Avant de nous amener aux cars, ils nous ont amenés 4 par 4 à
l'accueil. Là, ils nous ont pris notre carte [qui leur était remise à
leur entrée dans le centre de Vincennes], notre dossier, notre nom.
Ils nous ont dit qu'ils nous ramèneraient dans le gymnase. Ils ne nous
ont pas dit qu'on allait être transférés.
On a été les derniers à partir (pour Lille), il ne restait personne là bas.
Je n'ai pas entendu parler de quelqu'un qui serait mort ce jour là.
Chaque personne était accompagnée par des CRS pour aller dans le
bus. Ils ne nous ont rien donné à manger ou à boire pendant le voyage.
On est arrivé au CRA de Lille à 5 heures du matin. On a mangé l'après
midi. Ici il fait froid, il n'y a pas de chauffage. Dans les douches
l'eau est très chaude il n'y a pas d'eau froide.
La Cimade essaie de nous faire libérer mais les juges refusent. Ce
matin, on a eu une réponse négative à notre recours. Comme on est
samedi, la Cimade n'est pas dans le centre, ce sont les policiers qui
nous ont donné une feuille à signer. »
Communiqué de presse RESF du– 27 juin 2008
LA CHASSE AUX TCHETCHENES BAT SON PLEIN
DANS LES PREFECTURES FRANCAISES
Les Autorités se réfugient derrière le règlement du 18.02.2003 dit « DUBLIN II »...
Mais derrière "DUBLIN II" il y a des enfants, des familles,
à Metz, Strasbourg, Lyon, Orléans, Nancy, en Haute-Saône, dans le Doubs....
ils ont fui la Tchétchénie, puis la Pologne,
ils sont en danger, ils étaient venus nous le dire et chercher protection ...
Nous clamerons ce qu'on ne leur a pas laissé dire !
Nous les avons pris et nous continuerons de les prendre sous notre protection !
Les
préfectures se réfugient derrière « DUBLIN II », pourtant l'art.15 de
ce règlement inclut une « clause humanitaire » qui laisse au préfet le
loisir d'examiner la demande ; malgré tout depuis quelques temps c'est
à une véritable chasse contre les Tchétchènes qui cherchent protection
en France que l'on assiste.
La liste que vous allez lire est
longue, elle n'est pas exhaustive, hélas, mais elle démontre la réalité
et l'acharnement du gouvernement français contre les réfugiés.
Le fond commun de toutes ces histoires de vie
Les
violences, les intimidations quotidiennes, la torture, les agressions
devant les enfants furent leur lot et c'est ce qui les a décidés à fuir.
Ils
sont allés en Pologne. Ils y ont vécu plusieurs mois, mais très souvent
ont été à nouveau menacés de mort par leurs tortionnaires et
persécuteurs qui les avaient retrouvés.
Depuis leur arrivée en
France, ils ont repris espoir, les enfants ont retrouvé un cadre de vie
normal... le temps que les préfectures organisent leur renvoi !
Un jour tous ces noms seront inscrits sur un mur, dans un mémorial, ils resteront, et seront le témoignage de la honte de la France et celle de l'Europe.
Nous n'avons pas pu empêcher toutes les expulsions, mais nous ne les oublierons pas et nous les soutiendrons au-delà des frontières.
Nous rendrons l'état français responsable
de ce qui pourrait arriver à ces familles expulsées.
La longue liste des cas concrets
Loiret
Fin
décembre 2007, neuf familles réfugiées tchétchènes, sont arrivées à
Orléans, juste après l'expiration du moratoire qui permettait ne pas
renvoyer les Tchétchènes en Pologne. La préfecture du Loiret a refusé à
ces familles le droit de déposer une demande d'asile auprès de l'OFPRA.
Le soutien s'est organisé autour des familles. Une réunion publique avec médiatisation a été organisée. Différents courriers ont été adressés à la préfecture, avec demande d'audience. La préfecture a tout rejeté en bloc !
Début avril 2008, la préfecture n'a plus simplement refusé le dépôt des demandes d'asile mais fait exécuter très méthodiquement la reconduction de ces familles vers le pays par lequel elles étaient entrées dans l'espace Schengen : la Pologne pour la grande majorité.
Le 7 avril, Mme Mejidova
et ses deux enfants étaient convoqués à la préfecture pour réadmission
le lendemain vers la Pologne.... Nous nous sommes mobilisés et cette
dame a obtenu in extrémis l'autorisation de déposer sa demande d'asile
ici, pour raison de santé.....
Le 14 avril, deux personnes étaient convoquées à la Préfecture, pour étude des modalités de leur réadmission en Pologne : Mme Umieva, femme veuve venue rejoindre sa fille et son gendre qui ont été admis quelques mois plus tôt comme demandeurs d'asile et Mme Ibraguimova, femme seule avec ses trois enfants 15, 11 et 4 ans 1/2.
Seule la femme veuve s'est présentée et a obtenu un nouveau rendez-vous pour le 21 avril. L'autre dame n'est pas venue. Nous ne savons pas où elle se trouve depuis.
Le 16 avril, le couple Kalimoulaev devait se présenter avec ses deux enfants (12 et 8 ans) et leurs bagages, pour un renvoi le lendemain. La famille n'est pas venue. Elle se cache. Nous sommes sans nouvelle d'elle.
Bilan :
Suite à notre mobilisation, des élus ont été reçus par la préfecture, et 3 situations ont été débloquées. En tout, cela fait 4 familles sur 9 qui ont obtenu le droit de déposer leur asile. Les autres ont reçu chacune un avis de réadmission, mais ne se sont pas présentées en préfecture.
Le couple Madaev qui venait enfin d'obtenir la possibilité de déposer sa demande d'asile a vu périr un de ses six enfants. Le petit Saïd, 3 ans, a été percuté par 2 voitures devant la préfecture, alors que ses parents attendaient pour la énième fois un document permettant d'envoyer leur demande à l'OFPRA.
A nouveau, nous nous mobilisons pour dénoncer cette fois les conditions d'accueil en préfecture.
En Franche-Comté
Le 19 mars, la famille Datajev de Luxeuil, arrêtée et libérée par le juge le 24 mars.
Le 19 mars , la famille Aoucheva (5 enfants) de Gray, arrêtée puis libérée par le juge le 24 mars, la préfecture fait appel et gagne pour le père. La famille est expulsée le 21 mai alors même qu'il y a des procédures judiciaires en cours, par avion privé depuis l'aérodrome de Dôle spécialement ouvert.
Le 8 avril , trois familles dans le Doubs arrêtées :
§ La famille Mantiev (un couple et trois enfants) est expulsée en Pologne le 15 avril
§ Monsieur et Madame Artsouev sont libérés du centre de rétention de Oissel le 17 avril
§ Mr Azkhedov et sa compagne Mme Arzykaeva ont été expulsés en Pologne le 21 avril
Bilan : trois familles expulsées, deux familles sont toujours là, mais pas régularisées.
Alsace Lorraine
A Nancy, Mme Zagaeva et ses deux enfants sont mis en sécurité suite à une reconduite prévue qui lui faisait craindre le pire
A Strasbourg, deux jeunes femmes ayant pourtant obtenu le statut de réfugié en Pologne refusent d'y retourner : elles y étaient pourchassées sans cesse par des skinheads sous les yeux des autorités incapables de les protéger.
A Metz, la famille Minkhailov (quatre enfants de 2 ans, 4 ans, 5 ans et 9 ans ) arrivée le 3 janvier 2008, a été renvoyée près de Varsovie le 11 juin : elle est actuellement dans un foyer de réfugiés, sans nourriture sinon l'entraide, et le plus grand danger : la menace d'un départ vers la Russie ! Cette famille a été parrainée après son expulsion par la députée européenne Marie Anne Isler Béguin et deux autres parrain et marraine qui comptent maintenir un lien avec la famille pour s'assurer de leur devenir, et le faire savoir.
Et le 24 juin en fin d'après midi, arrivée en rétention d'une famille (inconnue) de trois enfants (2 mois, 4 ans et ??), C'est le dernier visiteur qui a vu la famille arriver. Le 25 juin au matin elle était déjà expulsée ( en Pologne par avion spécial)
Bilan : une famille et deux jeunes femmes en danger, deux familles expulsées
Lyon
Le 2 juin, la famille Kassaiev, 3 enfants scolarisés à l'école V. Hugo (1er), a été expulsée de Lyon vers la Pologne.
Le 3 juin, M. Ramzan Elzhurkaev, père 3 enfants, (3, 4 et 6 ans), a été arrêté à Lyon et transféré au Centre de rétention de Nîmes. Suite à un refus d'embarquement le 16 juin, il est condamné à trois mois de prison ferme.
Le 4 juin, la police est venue chercher la famille Magomadov/Iskhanova dans le foyer où elle était hébergée, les parents et le bébé de trois mois ont été placés en rétention pour expulsion immédiate vers la Pologne. Libération après un refus d'embarquer mais avec un document leur enjoignant de quitter la France sous 7 jours.
Expulsable donc depuis le 11 juin
Le 9 juin, la police est venue chercher la famille Kantaev, également dans leur foyer. Là aussi il y a un enfant de 10 mois. Mais on ne recule devant rien quand il faut expulser ! 10 mois c'est sans doute un âge où l'on peut aller en prison. Devant leur refus d'embarquer, ils ont été relâchés avec un document leur enjoignant de quitter la France sous 7 jours.
Expulsable donc depuis le 16 juin
Le 10 juin, la police est venue prévenir la famille Goumashvili qu'un départ était prévu pour eux mercredi 11 juin. Deux des enfants sont scolarisés à Lyon 7ème. Ils ont quitté leur hôtel et sont à la rue.
Eux aussi, expulsables depuis le 11 juin.
Le 18 juin, la police est venue chercher un couple à l'hôtel … heureusement ils n'étaient pas là. mais étaient convoqués à l' aéroport le 19 juin. Ils ne se sont bien sûr pas présentés.
Le 18 juin encore, la famille Aliev avec 4 enfants de 3 à 9 ans a été arrêtée dans leur foyer et emmenée en rétention. Deux avions prévus pour eux ce jeudi 19 juin. Mr est embarqué dans l'avion sans pouvoir réagir par une escorte de 8 personnes... Mme est embarquée avec les enfants avec la menace d'être débarquée si elle résiste et donc séparée de son mari. Expulsés. Actuellement dans un camp en Pologne .
Le 23 juin, encore une famille à laquelle la police vient délivrer une convocation à l'aéroport de St Exupéry pour le lendemain aux aurores … la famille ne s'est bien sûr pas présentée ….
Le 25 juin, encore une famille à laquelle la police vient délivrer une convocation à l'aéroport de St Exupéry pour le lendemain aux aurores … la famille ne s'est bien sûr pas présentée …. Une femme enceinte de cinq mois, un enfant de deux ans sont à la rue, cette tentative d'expulsion du teriitoire s'accompagnant d'une expulsion de l'hébergement.
Bilan :
un père en prison et une femme et trois enfants mis sous notre
protection, deux familles expulsées, 3 familles et un couple à la rue
et expulsables, et plusieurs autres familles tchétchènes qui chaque
matin voient leur tour arriver ….
Contact presse sur ces dossiers
Loiret : Ségolène Petit 06 74 91 94 11 ou François Hauchère 06 72 37 41 00
Franche-comté : JJ Boy 06 75 13 65 10
Alsace Lorraine : Isabelle Mire 06.71.75.08.48
Lyon : Mireille Peloux 06 31 11 24 29 ou Catherine Tourier : 06 81 51 81 44
Merci de faxer à la préfecture et au ministre
Fax ministère Hortefeux : 01 77 72 61 30 et 01 77 72 62 00 Standard 01 77 72 61 00
Conseiller du ministre : patrick.stefanini@iminidco.gouv.fr
Directeur de cabinet : thierry.coudert@iminidco.gouv.fr
Directeur-adjoint : guillaume.larrive@iminidco.gouv.fr
Conseillers techniques : sabrina.belkhiri-fadel@iminidco.gouv.fr et
geoffroy.didier@iminidco.gouv.fr
à Matignon : http://www.premier-ministre.gouv.fr/acteurs/premier_ministre/ecrire
Elysée : http://www.elysee.fr/ecrire/index.html
Maxime Tandonnet (conseiller immigration) maxime.tandonnet@elysee.fr
Guillaume Larrivé, Directeur-adjoint cabinet du ministère R et D, sur son blog g@larrive.com
Brice Hortefeux au Conseil régional Auvergne *Tél. :* 04 73 31 85 85 *Fax :* 04 73 36 73 45
Lyon :
mél + fax préfet : jacques.gerault@rhone.pref.gouv.fr , 04 78 60 49 38
mél + fax secrétaire général : rene.bidal@rhone.pref.gouv.fr, 04 72 61 49 38
mél + fax directeur de cabinet : 04 78 60 15 46
mél + fax directrice de la réglementation : michele.denis@rhone.pref.gouv.fr , 04 72 61 62 41
mél + fax sous-directeur de la réglementation : stephane.beroud@rhone.pref.gouv.fr ou sylvia.legris@rhone.pref.gouv.fr , 04 72 61 62 52
28 juin 2008
Témoignages d'un retenu du centre de rétention de Vincennes qui a brûlé
Vendredi 27 juin 2008
Dernières nouvelles des exilés du centre de rétention de Vincennes à Lille.
L'homme qui témoigne raconte en détail la mort du retenu (samedi 21),
l'incendie du centre (dimanche 22) et son transfert à Lille.
Par rapport à la mort du retenu cependant, si on veut un récit exact,
il vaut mieux s'en tenir au témoignage publié dimanche dernier, il est
plus complet et la personne qui raconte était un témoin direct des
événements. Mais aujourd'hui le témoin a tenu a revenir sur le décès
parce que visiblement il est intimement lié à l'incendie.
Comme chacun sait, suite l'incendie le centre de Vincennes a été
entièrement brûlé et est depuis fermé.
Le témoin se trouvait dans le CRA 2 aux moment des événements.
« ça a commencé samedi, le jour où le monsieur est décédé. Il a
demandé à son ami russe de le réveiller pour aller à l'infirmerie.
Quand il est venu le réveiller il était gravement malade, il se
réveillait pas, il a prévenu les policiers et ils sont venus une heure
et demi après, entre temps il est mort. Il est mort dans le centre à
cause des médecins qui ne sont pas venus. Une fois qu'il était mort,
ils l'ont pris pour l'amener à l'hôpital. Il nous ont pas laissé
rentrer dans la chambre pour voir ce qui se passait. Ils ont dit que
personne ne rentre, on leur a dit qu'on était pas d'accord, ils nous
ont bousculés, nous ont était nombreux on a fait la bousculade, ils
nous ont mis du gaz, ils nous ont frappé partout avec les matraques.
Après on est resté tranquille. Ils nous ont dit que le monsieur est
mort on leur a dit que c'était à cause d'eux. il nous ont dit qu'il
était mort à l'hôpital, on leur a dit que non.
Dimanche vers 13h, on a fait la prière pour le mort, 10 minutes de
silence. La prière n'était pas totalement musulmane il y avait des
chrétiens aussi, on était ensemble. Après on a fait une marche dans
les couloirs en disant « on est pas d'accord, on est pas content du
tout, ils sont en train de nous maltraiter ». On était nombreux. La
police nous disait qu'on voulait casser, on leur a répondu « on casse
rien, on fait la marche pour montrer qu'on est pas d'accord, on est
pas des criminels on a juste pas de papiers »
Vers 15h, dans 2 ou 3 chambres ça a commencé à bruler, j'ai pris mes
affaires. Partout il y avait des matelas dans le couloir et dehors. On
continué à faire la manif pendant le feu et quand c'est devenu trop
fort les policiers sont venus avec le gaz, ils voulaient qu'on aille
tous dans un coin de la cour. Ils nous ont fait sortir par 3 ou 4
portes, 10 par 10.
Puis on a dit « on bouge pas de la cour, si on meurt on veut mourir
ensemble, on bouge pas ». Ils nous ont sortis avec la force, 10 par
10, pour aller de l'autre coté dans le gymnase. Ils ont frappé avec
les gaz, les matraques, bousculade, poussé.
Ils ont réussi à nous mettre tous dans le gymnase. Il n'y avait pas de
fenêtre, il y avait du gaz dans le gymnase, les gens ont commencé à
tomber partout, ils ont appelé les pompiers.
Puis, ils nous ont emmenés dans la cour de l'école de police avec la
force. 5 par 5. Là, il y avait des gendarmes avec les CRS. Il nous
tapaient parce que nous on disait qu'on voulait rester ensemble. Dans
cette cour il y avait tout le monde, sauf les malades qui étaient sur
des brancards avec des médecins.
Les gendarmes nous ont entourés avec des camionnettes, il ont laissé
qu'un seul passage. A 23H ils ont dit « tout le monde venez manger »,
on a dit « personne ne mange ». Ceux qui ont accepté sont partis
manger 10 par 10. Les 10 premiers ne sont jamais revenus, on a dit
qu'on irait que s'ils revenaient. Finalement d'autres sont quand même
allés manger mais pas moi.
On a entendu qu'il y avait une manifestation dehors.
Ils nous ont dit que si on voulait pas manger, on pouvait aller
chercher nos affaires dans un coffre [là où les retenus déposent leurs
affaires importantes à leur entrée dans le centre]. 3 par 3. On a dit
« on bouge pas, c'est des conneries, ils vont nous emmener: il en a
qui y sont allés les deux premiers groupes ne sont pas revenus ».
Un monsieur, je crois que c'était le chef de police, a demandé si on a
un délégué. On a dit qu'on est tous ensemble que ya pas de délégués ni
de responsable.
Ils ont commencé à parler avec Koné [celui qui est parti en GAV,
accusé avec Ali d'incitation à l'émeute et d'incendie criminel,
relâché mercredi soir]. Koné a demandé à aller voir ce qui se passe,
on lui a dit de pas y aller, qu'il allait pas revenir. Ils ont dit
qu'ils voulaient parler avec lui. Il n'est pas revenu. On a dit on
bouge pas parce qu'il est pas revenu.
Le chef a dit que de toute façon on dort pas ici. On a dit qu'on veut
savoir ce qui se passe et on bouge pas. Après avoir emmené Koné, ils
nous ont fait passer 5 par 5 et 7 par 7 pour aller plus vite. Là, ils
nous ont demandé notre carte [qui était remise aux retenus à leur
arrivée au centre de Vincennes], ils ont vérifié notre nom. Sur la
carte il y a une photo, l'adresse de Vincennes, nos nom, prénom,
nationalité, jour d'entrée dans le centre. C'est une carte qu'on lit
avec une machine. J'ai donné la mienne, ils m'ont fouillé ils n'ont
rien trouvé, ils m'ont donné mes affaires, mon portable et ils nous
ont ramené dans le gymnase. On était tous là sauf Ali et Koné. Ils
nous ont fait sortir un par un, avec deux gendarmes par personne qui
nous tenaient par chaque bras jusqu'au bus.
Ils nous ont pas dit où ils nous emmenaient. On a entendu qu'il y en a
qui partaient à Marseille, à Nantes. Il y avait 3 bus. Ils ont vérifié
le nombre de personnes. Il y avait beaucoup de gendarmes devant et
derrière. On est parti à 2h du matin, on est arrivé à Lille à 6h du
matin. Directement sans s'arrêter, avec des motos et des petites
voitures de police devant, derrière, partout. Dans le bus, ils ont
ouvert les fenêtres, il faisait froid, on avait pas de bons vêtements,
on a demandé qu'ils ferment ils ont refusé et ils nous ont répondu
qu'ils étaient chez eux et qu'on devait rentrer chez nous. Les 3 bus
sont allés à Lille. On est d'abord allé dans le nouveau centre mais il
n'y avait pas assez de place pour tout le monde. Ici on est dans le
plein centre ville, dans un ancien centre fermé depuis deux ans qu'ils
ont rouvert exprès pour nous y mettre.
Ici il n'y a pas d'eau chaude, pas de chauffage, il fait froid.
On était 55 personnes de Vincennes à aller à Lille. Il y a eu des
libérations, ils disent qu'il en reste 47 sur les deux centres.
[A propos de la rumeur qui parle d'un deuxième mort dimanche:] J'en ai
entendu parler. A Vincennes il y avait une petite chambre d'isolement
pour nous punir. J'ai vu les policiers amener un monsieur en
isolement, on sait pas s'ils l'ont fait sortir, on l'a pas revu. Moi
je le connais pas, il était arabe.
Les travestis, je les ai vu sortir du gymnase mais je sais pas où ils
ont été emmenées.
A Lille, on a pas d'infos, la cuisine est pas préparée ils nous
donnent à manger froid, on mange pas bien. Ils viennent nous chercher
avec des CRS. Ils nous traitent comme des criminels. Ils nous
fouillent tous les jours. Ya pas de cartes. Ils nous comptent tous les
jours, pas comme à Vincennes, c'est quand on vient de manger, quand on
sort de la cantine.
Chambres de 2, 3, ou 4 personnes. Il y a des toilettes pour chaque
chambre, mais les douches sont dans le couloir. Ya qu'une seule cabine
téléphonique, l'autre marche pas bien. Même celle qui marche, on
s'entend pas, il faut taper.
La Cimade essaye de faire une défense pour demander la libération
collective des gens de Vincennes. Ils ont pris une personne de
Vincennes de chaque centre pour aller devant le juge. Ils l'ont fait
une première fois mercredi mais c'est pas réussi. Ils y sont
retournés ce matin, j'ai rien compris, je crois qu'ils font un
recourt. Ils sont partis ce matin on a pas encore de nouvelles »
fermeturetention@yahoo.fr
27 juin 2008
Communiqué du syndicat de la magistrature
La Direction des Affaires Criminelles voit des terroristes partout
Le 13 juin dernier la Direction des affaires criminelles et des grâces
du Ministère de la Justice a publié une note à destination des
parquets afin de faire face à « la multiplication d’actions violentes
commises sur différents points du territoire national susceptibles
d’être attribuées - ça n’est donc même pas sûr - à la mouvance
anarcho-autonome », notion dont il convient d’observer l’absence de
contours précis.
On y apprend que, « outre des inscriptions sur des bâtiments publics
(en clair, des tags), cette mouvance s’est manifestée par la
commission d’actions violentes en différents points du territoire
national au préjudice de l’Etat et de ses institutions » et que «
c’est aussi à l’occasion de manifestations de soutien à des
prisonniers ou d’étrangers en situation irrégulière (nous y voilà) que
ses membres s’expriment, parfois avec violence ».
Le zèle développé à cette occasion par la Chancellerie prêterait
presque à sourire s’il n’était ensuite demandé aux magistrats «
d’informer dans les plus brefs délais la section anti-terroriste du
parquet de Paris pour apprécier de manière concertée l’opportunité
d’un dessaisissement à son profit » et, par voie de conséquence, des permettre une extension quasi illimitée d’une législation d’exception.
Cette manière de procéder devrait ainsi permettre – au prétexte bien
commode et très consensuel de lutte contre le terrorisme – de
renforcer la répression à l’encontre des différents acteurs du
mouvement social.
A n’en pas douter, la philosophie générale de cette note singulière
est à rapprocher des propos récemment tenus par le porte-parole de
l’UMP à l’encontre du Réseau Education Sans Frontières et autres
collectifs « faiseurs de provocations » et « semeurs de désordre » qui
- bientôt suspects d’appartenir à cette fameuse « mouvance
anarcho-autonome » - pourront bénéficier d’un traitement judiciaire de
faveur.
Le Syndicat de la magistrature dénonce avec force ce procédé et invite
les magistrats à faire preuve du plus grand discernement dans la mise
en œuvre de cette scandaleuse dépêche.
_______________________________________________
Source : www.syndicat-magistrature.org/
Si Gandhi était encore parmi nous...
INDE •
Hausse du prix du pétrole, crise alimentaire... Un mensuel de New Delhi imagine tout ce que ferait aujourd'hui le Mahatma pour aider les gens à "reprendre le contrôle de leurs vies".
Gandhi à Londres en 1931
C'est une question récurrente au sein de notre rédaction : que ferait Gandhi aujourd'hui, à l'heure où le prix du baril de pétrole frôle les 150 dollars? Son biographe, Louis Fischer, nous fournit de nombreux éléments sur l'attitude qu'il adopterait aujourd'hui. Son génie "consistait à faire ce qui était à la portée de tout le monde mais que personne ne faisait."
Le grand homme aurait fait ce que nous savons tous. Il aurait montré au monde que les Indiens et les nations orientales sont capables de faire ce qui fait blêmir de peur l'Occident consumériste : réduire leur consommation. Il aurait profité de l'occasion pour mobiliser politiquement les millions de personnes souffrant de la hausse des prix du pétrole et de l'alimentation, et se serait élevé contre tous ceux qui aggravent leur misère. Gandhi aurait identifié les véritables causes de la flambée du cours du pétrole et de son impact sur les denrées alimentaires et d'autres produits de première nécessité. Sans relâche, il aurait mené campagne contre les politiques militaristes des Etats-Unis et aurait dénoncé leur responsabilité dans l'émergence d'une crise aussi profonde.
Grâce aux informations disponibles sur Internet et ailleurs, il aurait compris que cette flambée des prix n'était pas due à une baisse de la production ou à une hausse soudaine de la demande mais à la spéculation mondiale autour des contrats à terme et à l'avidité du gouvernement américain et des traders qui stockent de l'or noir pour le revendre plus tard au centuple. Gandhi aurait deviné que les principaux bénéficiaires de cette crise étaient les compagnies pétrolières, et il aurait mis en place une stratégie simple mais imparable pour contrecarrer leurs plans. Si les traders, les compagnies pétrolières et les raffineries font des bénéfices sur le dos des gens ordinaires, alors la société civile n'a qu'à réduire sa consommation de pétrole.
Le Mahatma se serait également aperçu que les gouvernements modernes sont devenus les esclaves des multinationales et qu'ils n'ont pas le courage de faire le ménage. Armé de cette lucidité, il se serait efforcé de rendre le pouvoir à l'homme de la rue, à l'opprimé, conscient de l'occasion historique qui se présentait pour réformer l'ordre économique mondial, la société et les relations entre les hommes. L'apôtre de la non-violence n'aurait pas hésité à choisir les moyens les plus imaginatifs pour galvaniser ses troupes.
Grand communicant, habitué à écrire fréquemment pour son journal Young India, le Gandhi de 2008 aurait créé son propre site Internet ou son blog pour communiquer avec des milliers de militants en Inde et dans le monde entier et leur dire comment reprendre le contrôle de leur vie et combattre la rapacité des marchés. Gandhi aurait adoré Internet et la source d'information que représente ce média pour les individus. Comment aurait-il appelé son site? Peut-être "www.vivredignement.com" ou "www.eprotestation.com". Gandhi aurait utilisé Internet comme une caisse de résonance pour diffuser son message. Econome, il se serait servi de Skype, le logiciel de téléphonie gratuite en ligne, pour parler avec ses disciples aux quatre coins du monde et leur dire de se préparer à descendre dans la rue afin d'obliger les multinationales, les gouvernements et les spéculateurs à revenir à la raison. Il aurait initié de vastes campagnes de diffusion de courriers électroniques pour mobiliser les opinions publiques et organiser des sit-in à Wall Street, à la Bourse de Londres et dans d'autres grandes capitales.
Il aurait exhorté les populations à renoncer à la voiture un jour par semaine et à ne pas remplir leur réservoir au maximum pour contrecarrer les spéculateurs. Journaliste rigoureux, il saurait que les gouvernements et les spéculateurs ne pourraient pas exploiter cette crise si les gens consommaient moins de pétrole. Il demanderait donc à ses partisans d'abandonner leur voiture pour les transports en commun et de prendre le train plutôt que l'avion. Gandhi aurait le soutien de tous les écolos, d'acteurs comme George Clooney, Richard Gere et Aamir Khan, d'écrivains comme Arundhati Roy, et de bien d'autres encore. Mais, avant d'accepter leur soutien, il leur demanderait d'embrasser son mode de vie rustique. Chef de file d'un mouvement mondial, il aurait fait plier les géants pétroliers et les spéculateurs et forcé le monde à changer. Le Mahatma aurait proposé un modèle alternatif, une autre façon de vivre. Y a-t-il quelqu'un qui pourra incarner ce Gandhi 2008 ?
HardNews
( source : Courrier International )
APPEL A LA JOURNEE INTERNATIONALE DES PRISONNIERS
MOBILISONS NOUS POUR LES PRISONNIERS REVOLUTIONNAIRES ET DES PEUPLES EN LUTTE
A L'APPEL DU SECOURS ROUGE DE FRANCE : JOURNEE INTERNATIONALE DES PRISONNIERS REVOLUTIONNAIRES ET DES PEUPLES EN LUTTE 28 JUIN 2008
Cette journée internationale s'inscrit cette année dans un contexte bien particulier. La répression politique des luttes révolutionnaires et des activités de solidarité prend en effet de l'ampleur. Elle touche ceux qui décident de s'engager politiquement pour la révolution prolétarienne et la libération des peuples mais aussi ceux qui exigent leurs libérations (lorsque le camarade est en prison) car vouloir mettre fin, y compris par la force, au système capitaliste et impériale est, à la fois, légitime et nécessaire. Un peu partout en Europe la machine répressive s'abat contre les militants qui la combattent avec une détermination sans faille. Que cela soit à un niveau politico militaire ou en exprimant un soutien solidaire à organiser ou participer à des initiatives, à diffuser l'expression des militants emprisonnés et à informer le public des conditions d'incarcération et de déroulement des procédures judicaires (procès, prises de positon des avocats, etc.) :
Le 5 juin à Bruxelles une rafle a été organisée contre des camarades et des sympathisants du Secours Rouge et de Solidarité Liberté. Une vaste manipulation permet, plus en plus, de faire apparaître la machination politico judicaire qui vise à criminaliser la solidarité : Pierre a été libéré après 14 jours de prison pour rien, Wahoub, Constant et Abdallah ont été remis en liberté ce 26 juin avec interdiction de se voir, Bertrand reste en détention ; Même chose à Paris, quelques jours après, avec les interpellations contre des camarades d'associations culturelles de Turquie. Là aussi la similarité est frappante avec cette sempiternelle étiquette de terroriste accolée sur des militants de mouvements associatifs. Quatre sont toujours incarcérés, les autres sont placés sous strict contrôle judiciaire (interdiction de rencontrer des camarades et de quitter la capitale) ; Le 28 février la loi sur la rétention de sûreté a été votée à des fins politiciennes. Mais son application devient bien concrète pour les prisonniers politiques : les militants révolutionnaires Régis Schleicher (25 ans de prison), Georges Abdallah (communiste arabe détenu depuis 24 ans) et Georges Cipriani (militant d'Action Directe, en détention depuis 21 ans) vont bientôt être placés sous observation psychiatrique durant six semaines afin d'évaluer leurs prétendues dangerosités et de risques de récidive. C'est une manière d'infliger une peine à vie à des révolutionnaires qui refusent de renier leurs engagements politiques ; En Espagne, en Euskadi et dans d'autres pays de la péninsule ibérique, la percussion est devenue la norme d'un régime qui n'a jamais coupé le lien avec le franquisme : des milliers d'emprisonnés, la torture banalisée, des peines se rajoutant à celles soi disant achevées, des extradions exigées systématiquement. Les mouvements de solidarité sont également réprimés comme Gestoras et Askatasuna ou les comités du Secours Rouge International ; En Italie le procès des arrêtés du 12 février 2007 a débuté le 27 mars à Milan. Si quatre d'entre eux se sont déclarés pour la constitution d'un Parti Communiste politico militaire, les forces répressifs se sont empressés de prétende, sans preuve tangible, que tel ou tel militant est un membre actif de ce Parti : il suffit ainsi de croire la presse et la justice bourgeoise pour qu'une telle accusation soit lancée (comme c'est le cas dans le blitz du 5 juin) En Turquie une répression massive a frappée en septembre 2006 des étudiants des journalistes des syndicalistes…Un procès est en cours pour appartenance à l'organisation marxiste léniniste MLKP. De plus les réactionnaires nationalistes agressent en toute impunité le peuple kurde et l'organisation luttant contre l'occupation coloniale de leurs terres.
Au final ce militantisme devient de plus en plus insupportable aux réactionnaires de tous poils et à l'oligarchie capitalisme et impérialiste. Face aux agissements de la contre révolution préventive la mobilisation ne doit faiblir. Les ennemis de la classe prolétarienne ne cesseront pas leurs agressions tant que les masses ne réagiront pas avec détermination pour stopper et anéantir cette machine de destruction massive des prisonniers politiques révolutionnaires et des peuples en lutte.
RASSEMBLEMENT DE SOLIDARITE A PARIS à partir de 14 h Fontaine des Innocents, place Joaquim du Bellay 1er arrondissement Métro : Châtelet les Halles

















