« Le jeudi 30 mars 2017 vers 13h alors qu'une grillade cuit dans la cour, un commando de l'antenne du GIGN de Joué-les-Tours prend d'assaut la propriété de la famille Garand à Seur, près de Blois (41). Les gendarmes mettent en joue et menottent les membres de la famille, fouillant brutalement les lieux. Ils sont prêts à repartir quand un léger bruit se fait entendre dans une remise où Angelo s'est réfugié. Angelo est abattu sans sommation. »

Ainsi commence « On court tant qu'on peut ! », un ciné-tract du collectif Lettres communes réalisé entre le 19 mai et le 3 juillet 2018 en soutien à notre exigence de Justice et Vérité pour Angelo, et toutes les victimes de la violence des agents de la force publique qui en abusent impunément. 

Nous y témoignons des circonstances qui ont entouré la mise à mort d'Angelo et du combat que nous menons depuis, au cours d'entretiens filmés lors de la Fête de l'Insurrection gitane à St-Denis, puis sur les lieux-mêmes du drame, à Seur. C'est au domicile où ils l'ont vécu, et où ils doivent depuis continuer à vivre, que père et mère se livrent sur le moment de terreur lors duquel Angelo leur fils aîné a été criblé de 5 balles dans le torse par deux des gendarmes censés l'interpeller. Le court documentaire rend compte de l'inhumaine violence physique et morale faite à notre famille, à travers l'envoi du commando lourdement armé qui a pris la vie d'Angelo et malmené nos proches sur place ; puis à travers des suites policières et médiatiques méprisant notre traumatisme et insultant la mémoire de notre défunt.

Début juillet, au moment précis où nous recevons ce ciné-tract comme un cadeau douloureusement salutaire, rendant justice à Angelo et à notre combat pour la vérité, nous apprenons une nouvelle judiciaire aussi attendue qu'insupportable. Le procureur de Blois a depuis le 6 juin formulé ses réquisitions quant aux suites à donner à l'instruction, dans laquelle nous sommes parties civiles. Sans surprise, il recommande à la juge dirigeant l'enquête d'ordonner un non-lieu, ce qui mettrait fin à la procédure sans poursuite. Plus aucune infraction ne serait alors reprochée aux deux gendarmes auteurs des tirs mortels. Déjà, lors de leur mise en examen, le procureur ne demandait que leur placement sous statut de témoin assisté.

Répondant à cet avis scandaleux, notre avocate a transmis nos observations à la juge ayant ordonné de mettre en examen les deux tireurs pour « violences avec arme ayant entraîné la mort sans intention de la donner ». C'est à cette même juge que revient maintenant la décision : suivre la demande de non-lieu du Parquet, ou bien au contraire envoyer les deux tireurs devant la seule juridiction de jugement possible pour une telle qualification pénale, la Cour d'Assises.

Pour notre part, nous constatons que dans son réquisitoire, le procureur fait soigneusement l'impasse sur des points importants permettant de mettre en doute les affirmations des gendarmes, et de prendre en considération les témoins de notre famille. Il préfère citer artificiellement des éléments du casier judiciaire d'Angelo sans lien avec sa mise à mort. Dans ce « dossier » comme dans tellement d'autres, le Parquet, représentant de l'État dans l'institution judiciaire, se comporte avec ses forces dites de l'ordre comme une mère protégeant inconditionnellement ses enfants quelles que soient leurs fautes.

C'est ainsi que l'État français est régulièrement condamné par la Cour Européenne des Droits de l'Homme pour violation de droits fondamentaux, faute de poursuivre en justice des usages abusifs de la force publique, lorsque gendarmes ou policiers exercent des actes de violence outrepassant l'obligation d'absolue nécessité ou de proportionnalité, et caractérisant des traitements cruels, inhumains et dégradants, ou violant le droit à la vie.

Voilà pourquoi nous parlons de Violence d'État. Notre combat pour la mémoire d'Angelo rejoint toutes les luttes contre cette violence souvent discriminatoire lorsqu'elle vise au quotidien les plus pauvres, les racisé⋅es, les sans-papiers, toujours répressive lorsqu'elle cible quiconque se mobilise fraternellement pour nos droits, pour l'égalité réelle et la justice sociale. Les usages abusifs de la force publique concernent l'ensemble de notre société, mais font en même temps l'objet d'un profond déni politico-médiatique, qui nous invite à rendre notre combat aussi visible que possible, afin d'informer au mieux la population, et permettre ainsi à chacune et chacun de nous rejoindre. 

Car nous le savons, nous qui luttons avec toutes les familles de victimes et leurs soutiens comme une seule grande et digne famille, seuls les liens que nous créons, nos solidarités les plus larges avec le plus grand nombre, pourront venir à bout de cette violence d'État.

C'est sur cette idée forte que s'achève « On court tant qu'on peut ! », un ciné-tract que nous vous remercions de relayer autant que vous le pourrez.


La famille Garand et ses soutiens, le 13 août 2018.