LIBRE LUCHA !

LIBERTE... SOLIDARITE... RESISTANCE ! Pas justice ? Pas de paix !

12 juillet 2009

DEMAIN C’EST LOIN

( chansons d'IAM  )
http://www.dailymotion.com/video/xk7yw_iam-demain-cest-loin_music

L’encre coule, le sang se répand la feuille buvard Absorbe l’émotion, sac d’image dans ma mémoire Je parle de ce que mes proches vivent et de ce que je vois Des mecs coulés par le désespoir qui partent à la dérive

Des mecs qui pour 20.000 de shit se déchirent Je parle du quotidien, écoute bien mes phrases font pas rire Rire, sourire, certains l’ont perdu je pense à Momo Qui m’a dit à plus jamais, je ne l’ai revu

Tenter le diable pour sortir de la galère, t’as gagné frère Mais c’est toujours la misère pour ce qui pousse derrière Pousse pousser au milieu d’un champs de béton Grandir dans un parking et voir les grands faire rentrer les ronds

La pauvreté, ça fait gamberger en deux temps trois mouvements On coupe, on compresse, on découpe, on emballe, on vend A tour de bras, on fait rentrer l’argent du crack Ouais, c’est ça la vie, et parle pas de rmi ici ici ici

Ici, le rêve des jeunes c’est la Golf gti, survet’ Tachini Tomber les femmes à l’aise comme many Sur Scarface, je suis comme tout le monde je délire bien Dieu merci, j’ai grandis, je suis plus malin, lui il crève à la fin

La fin, la faim, la faim justifie les moyens, 4, 5 coups malsains Et on tient jusqu’à demain, après on verra bien On marche dans l’ombre du malin du soir au matin Tapis dans un coin, couteau à la main, bandit de grand chemin

Chemin, chemin, y’en a pas deux pour être un dieu Frapper comme une enclume, pas tomber les yeux, l’envieux en veut Une route pour y entrer deux pour s’en sortir, 3/4 cuir Réussir, s’évanouir, devenir un souvenir

Souvenir être si jeune, avoir plein le répertoire Des gars rayés de la carte qu’on efface comme un tableau tchpaou ! c’est le noir Croire en qui, en quoi, les mecs sont tous des mirroirs Vont dans le même sens, veulent s’en mettre plein les tirroirs

Tirroir, on y passe notre vie, on y finit avant de connaître l’enfer Sur terre, on construit son paradis Fiction, désillusion trop forte, sors le chichon La réalité tape trop dure, besoin d’évasion

Evasion, évasion, effort d’imagination, ici tout est gris Les murs, les esprits, les rats la nuit On veut s’échapper de la prison, une aiguille passe, on passe à l’action Fausse diversion, un jour tu pètes les plombs

Les plombs, certains chanceux en ont dans la cervelle D’autres se les envoient pour une poignée de biftons, guerre fraternelle Les armes poussent comme la mauvaise herbe L’image du gangster se propage comme la gangrène sème ses graines

Graines, graines, graine de délinquant qu’espérez-vous? Tous jeunes On leur apprend que rien ne fait un homme à part les francs Au franc tireur discret au groupe organisé, la racine devient champs Trop grand, impossible a arrêté

Arrêté, poisseux au départ, chanceux à la sortie On prend trois mois, le bruit court, la réputation grandit Les barreaux font plus peur, c’est la routine, vulgaire épine Fine esquisse à l’encre de Chine, figurine qui parfois s’anime

S’anime, anime animé d’une furieuse envie de monnaie Le noir tombe, qu’importe le temps qu’il fait, on jette les dés, faut flamber Perdre et gagner, rentrer avec quelques papiers en plus Ca aidera, personne demandera d’où ils sont tombés

Tomber ou pas, pour tout, pour rien on prend le risque, pas grave cousin De toute façon dans les deux cas, on s’en sort bien Vivre comme un chien ou un prince, y’a pas photo On fait un choix, fait griller le gigot, brillent les joyaux

Joyaux, un rêve, plein les poches mais la cible est loin, la flèche Ricoche, le diable rajoute une encoche trop moche les mecs cochent Leur propre case, décoche pour du cash, j’entends les cloches, les coups de pioche Creuser un trou, c’est trop fastoche

Fastoche, facile le blouson du bourgeois docile des mêmes la hantise Et porcelaine dans le pare-brise Tchac ! le rasoir sur le sac à main, par ici les talbins Ca c’est toute la journée, lendemain, après lendemain

Lendemain? C’est pas le problème, on vit au jour le jour On n’a pas le temps ou on perd de l’argent, les autres le prennent Demain, c’est loin, on n’est pas pressé, au fur et à mesure On avance en surveillant nos fesses pour parler au futur

Futur, le futur ne changera pas grand-chose, les générations prochaines Seront pires que nous, leur vie sera plus morose Notre avenir, c’est la minute d’après le but, anticiper Prévenir avant de se faire clouer

Clouer, clouer sur un banc rien d’autre à faire, on boit de la bière On siffle les gazières qui n’ont pas de frère Les murs nous tiennent comme du papier tue-mouches On est là, jamais on s’en sortira, Satan nous tient avec sa fourche

Fourche, enfourcher les risques seconde après seconde Chaque occasion est une pierre de plus ajoutée à nos frondes Contre leurs lasers, certains désespèrent, beaucoup touchent terre Les obstinés refusent le combat suicidaire

Cidaire, sidérés, les dieux regardent, l’humain se diriger vers le mauvais Côté de l’éternité d’un pas décidé Préfèreront rôder en bas en haut, on va s’emmerder Y’a qu’ici que les anges vendent la fumée

Fumée, encore une bouffée, le voile est tombé La tête sur l’oreiller, la merde un instant estompée Par la fenêtre, un cri fait son entrée, un homme se fait braquer Un enfant se fait serrer, pour une Cartier menotté

Menotté, pieds et poings liés par la fatalité Prisonnier du donjon, le destin est le geôlier Le teurf l’arène on a grandi avec les jeux Gladiateur courageux, mais la vie est coriace, on lutte comme on peut

Dans les constructions élevées Incompréhension, bandes de gosses soi-disant mal élevés Frictions, excitation, patrouilles de civils Trouille inutile, légendes et mythes débiles

Haschich au kilo, poètes armés de stylo Réserves de créativité, hangars, silos Ca file au bloc 20, pack de Heineken dans les mains Oublier en tirant sur un gros joint

Princesses d’Afrique, fille mère, plastique Plein de colle, raclo à la masse lunatique Economie parallèle, équipe dure comme un roc Petits Don qui contrôlent grave leurs spots

On pète la Veuve Cliquot, parqués comme à Mexico Horizons cimentés, pickpockets, toxicos Personnes honnêtes ignorées, superflics, Zorros Politiciens et journalistes en visite au zoo

Musulmans respectueux, pères de famille humbles Baffles qui blastent la musique de la jungle Entrées dévastées, carcasses de tires éclatées Nuée de gosses qui viennent gratter

Lumières oranges qui s’allument, cheminées qui fument Parties de foot improvisées sur le bitume Golf, VR6, pneus qui crissent Silence brisé par les sirènes de police

Polos Façonnable, survêtements minables Mères aux traits de caractère admirables Chichon bidon, histoires de prison Stupides divisions, amas de tisons

Clichés d’Orient, cuisine au piment Jolis noms d’arbres pour des bâtiments dans la forêt de ciment Désert du midi, soleil écrasant Vie la nuit, pendant le mois de Rhamadhan

Pas de distractions, se créer un peu d’action Jeu de dés, de contrée, paris d’argent, méchante attraction Rires ininterrompus, arrestations impromptues Maires d’arrondissement corrompus

Marcher sur les seringues usagées, rêver de voyager Autoradios en affaire, lot de chaînes arrachées Bougre sans retour, psychopathe sans pitié Meilleurs liens d’amitié qu’un type puisse trouver

Génies du sport faisant leurs classes sur les terrains vagues Nouvelles blagues, terribles techniques de drague Individualités qui craquent parce que stressées Personne ne bouge, personne ne sera blessé

Vapeur d’éther, d’eau écarlate, d’alcool Fourgon de la Brink’s maté comme le pactole C’est pas drôle, le chien mord enfermé dans la cage Bave de rage, les barreaux grimpent au deuxième étage

Dealer du hashich, c’est sage si tu veux sortir la femme Si tu plonges, la ferme, pas drame Mais l’école est pas loin, les ennuis non plus Ca commence par des tapes au cul, ça finit par des gardes à vues

Regarde la rue, ce qui change? Y’a que les saisons Tu baves du béton, crache du béton, chie du béton Te bas pour du laiton, est-ce que ça rapporte Regrette pas les biftons quand la bac frappe à la porte

Trois couleurs sur les affiches nous traitent comme des bordilles C’est pas Manille ok, mais les cigarettes se torpillent Coupable innocent, ça parle cash, de pour cent Oeil pour oeil, bouche pour dent, c’est stressant

Très tôt, c’est déjà la famille dehors, la bande à Kader Va niquer ta mère, la merde au cul, ils parlent déjà de travers Pas facile de parler d’amour, travail à l’usine Les belles gazelles se brisent l’échine dans les cuisines

Les élus ressassent rénovation ça rassure Mais c’est toujours la même merde, derrière la dernière couche De peinture, feu les rêves gisent enterrés dans la cour A douze ans conduire, mourir, finir comme Tupac Shakur

Mater les photos, majeur aujourd’hui, poto Pas mal d’amis se sont déjà tués en moto Une fois tu gagnes, mille fois tu perds, le futur c’est un loto Pour ce, je dédie mes textes en qualité d’ex-voto, mec

Ici t’es jugé à la réputation forte Manque-toi et tous les jours les bougres pissent sur ta porte C’est le tarif minimum et gaffe Ceux qui pèsent transforment le secteur en oppidum

Gelé, l’ambiance s’électrise, y’a plein de places assises Béton figé fait office de froide banquise Les gosses veulent sortir, les "non" tombent comme des massues Les artistes de mon cul, pompent les subventions dsu

Tant d’énergie perdue pour des préjugés indus Les décideurs financiers plein de merde dans la vue En attendant, les espoirs foirent, capotent, certains rappent Les pierres partent, les caisses volées dérapent

C’est le bordel au lycée, dans les couloirs on ouvre les extincteurs Le quartier devient le terrain de chasse des inspecteurs Le dos a un oeil car les eaux sont truffées d’éceuils Receuille le blé, on joue aux dés dans un sombre cerceuil

C’est trop, les potos chient sur le profil Roméo Un tchoc de popo, faire les fils et un bon rodéo La vie est dure, si on veut du rêve Ils mettent du pneu dans le shit et te vendent ça Ramsellef

Tu me diras "ça va, c’est pas trop" Mais pour du tcherno, un hamidou quand on a rien, c’est chaud Je sais de quoi je parle, moi, le bâtard J’ai dû fêter mes vingt ans avec trois bouteilles de Valstar

Le spot bout ce soir qui est le King D’entrée, les murs sont réservés comme des places de parking Mais qui peut comprendre la mène pleine Qu’un type à bout frappe sec poussé par la haine

Et qu’on ne naît pas programmé pour faire un foin Je pense pas à demain, parce que demain c’est loin

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01 juillet 2009

War (Guerre)

Until the philosophy, I will like to divide it with those which want to learn...   

En attendant la philosophie, j'aimerai la partager avec ceux qui veulent apprendre...

Which hold one race   

En attendant que la philisophie qui tient une race
Superior and another, inferior 

Supérieure et une autre inférieure
Is finally, and permanently   

Ne soit, enfin et définitivement,
Discredited and abandonned   

Discréditée et abandonnée
Everywhere is war   

Partout c'est la guerre,
Me say war   

Je dis : guerre

That until there're no longer   

Et tant qu'il n'y aura des citoyens
First class and second class   

De première et de deuxième classe,
Citizens of any nation   

Dans chaque nation,
Until the colour of a man's skin   

Tant que la couleur de peau d'un homme
Is of no more significance   

N'ait pas plus de signification
Than the colours of his eyes   

Que la couleur de ses yeux
Me say war   

Je dis : guerre

That until the basic human rights   

Et tant que les droits fondamentaux de l'homme
Are equally guaranteed to all 

Soient justement garantis pour tous,
Without regard to race   

Sans considération de race
Dis a war   

C'est la guerre

That until that day 

Et ceci jusqu'à ce jour
The dream of lasting peace   

Le rêve d'une paix durable,
World citizenship 

D'une citoyenneté mondiale,
Rule of international morality   

D'un règne de moralité internationale
Willl remain in but a fleeting illlusion   

Ne restera qu'une illusion éphémère
To be pursued   

Poursuivie,
But never attained   

Mais jamais réalisée
Now everywhere is war, war   

Maintenant partout c'est la guerre, la guerre

And until the ignoble and unhapppy regimes   

Et tant que les régimes ignobles et malheureux
That hold our brothers in Angola, in Mozambic,   

Qui tiennent nos frères, en Angola, au Mozambique,
South Africa, sub-human bondage

  En Afrique du Sud, dans un esclavage moins qu'humain
Have been toppled   

Aient été renversés,
Utterly destroyed   

Complètement détruits
Well everywhere is war   

Cependant, partout c'est la guerre,
Me say war    Je dis : guerre

War in the east    Guerre à l'est,
War in the west    Guerre à l'ouest
War up north    Guerre au nord,
War down south    Guerre au sud
War, war    Guerre, guerre
Rumours of war    Rumeurs de guerre

And until that day    Et en attendant ce jour,
The African continent    Le continent africain
Will not know peace    Ne connaitra pas la paix,
We africans will fight it    Nous les Africains combattront
We find if necessary    Nous pensons que c'est nécessaire
And we know we shall win    Et nous savons que nous gagnerons
As we are confidents    Puisque nous sommes sûrs
In the victory    De la victoire

Of good over evil, good over evil    Du bien sur le mal, du bien sur le mal,
Good over evil, good over evil...    Du bien sur le mal, du bien sur le mal...

BOB MARLEY

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05 juin 2008

Lettre d'Isa et Farid, depuis les prisons de Lille-Sequedin et de Meaux, mai 2008

Des nouvelles des deux de Vierzon :
Lettre d'Isa et Farid, depuis les prisons de Lille-Sequedin et de Meaux, mai 2008

« Plus faible sera l'opposition, plus étroit sera le despotisme » Orwell, 1984

Tout est parti très vite. Nous étions deux lorsque notre véhicule a été contrôlé par les douanes à Vierzon. La fouille a abouti à trouver dans un sac des manuels de sabotage et de fabrication d'explosifs, le plan de nouveaux établissements pénitentiaires pour mineurs, disponible sur internet, et une petite quantité de chlorate de sodium. Sans doute la réunion de ces éléments donnait au contenu un sens particulièrement subversif... D'autant que Farid était fiché par la police politique pour son militantisme anticarcéral et son combat auprès des sans-papiers et des mal-logés. Quant à Isa, elle n'était connue d'aucun service de police.

Immédiatement la sous-direction antiterroriste de Paris s'est saisie de l'affaire. Les perquisitions n'ont en réalité rien donné si ce n'est qu'elles ont permis de mettre sous scellé des pétards, des tracts et des revues engagés, censés corroborer l'idée d'un projet terroriste. Ce que nous réfutons catégoriquement.

Peut-on dès lors accuser quelqu'un d'un crime qu'il n'a pas commis et qui n'a pas été commis, sur des simples suspicions reposant sur des documents qui ne prouvent rien en soi ? En réalité c'est la dimension politique qui a conduit à la lecture d'une telle menace. Cela signifierait que la lutte, la révolte est un crime dont tout manifestant en colère, dont tout homme libre et engagé est coupable... ?

Nous avons été placés sous un régime de garde à vue de 96 heures, avec la possibilité de rencontrer un avocat à l'issue seulement des 72 heures. Nos ADN ont été pris de force et celui d'Isa aurait été retrouvé le printemps dernier sur un « dispositif incendiaire » retrouvé devant le commissariat du 18ème arrondissement de Paris. Jusqu'à présent, l'enquête ramait. Isa a nié toute relation avec cette affaire. Par ailleurs, l'ADN est un outil fortement controversé : dans ce genre d'affaire, il est toujours utilisé pour accuser la personne mise en examen, et la pseudo-objectivité scientifique vient clore tout débat.

Tous deux n'appartenons à aucun groupe politique mais faisons partie de ces gens que vous avez sans doute croisé lors de manifestations, de rassemblements, de réunions publiques, de concerts de soutiens, de projections de films, supports à débats... ; présents dans la lutte sociale et liés par le mouvement collectif.

Peut-être avez-vous entendu parler dans la presse des « anarcho-autonomes ». Lorsque le grondement et la rage de la rue s'expriment avec de plus en plus de détermination, l'Etat a besoin de dire, pour mieux diviser, que le mécontentement est noyauté et manipulé par des groupes radicaux, extrémistes, aveuglés, et fascinés par la violence ; d'où l'existence de ce genre de catégorie censée désigner une figure imaginaire dont il faut se méfier et qui représente la limite à ne pas franchir, la menace de l'illégalité, de la répression, de la criminalisation... En somme c'est une stratégie pour taire et effrayer tous ceux qui se lèvent pour des idées, contre l'oppression, pour la liberté... Nous avons ainsi été étiquetés, malgré nous... vague notion qui soudainement cacherait des groupes organisés pour le terrorisme, cherchant à nuire « par l'intimidation et la terreur ». Nous sommes devenus une menace terrible pour l'Etat... Il faut diaboliser le visage du quidam pour être crédible, en déployant toute l'artillerie du langage !

Nous avons donc été écroués sous mandat de dépôt avec la mention « détenu particulièrement surveillé » ou « détenu à haut risque », ce dernier étant propre à la maison d'arrêt de Fleury-Mérogis. Autant dire que nous n'avions pas fini de réaliser les enjeux et les répercussions de cette paranoïa et hystérie du pouvoir. Nous sommes soumis à une surveillance intense. Ainsi, sans être jugés, sans être condamnés, nous sommes proies à un acharnement politique qui s'efforce de fabriquer et de fantasmer au travers de nous, l'existence d'un réseau terroriste ultra dangereux. Maintenant que ce postulat est posé, tous les raccourcis sont possibles, toutes les interprétations doivent aller dans ce sens, tous les éléments sont traduits de sorte à ce qu'ils viennent le justifier. Tout cela est particulièrement inquiétant et délirant. En quatre mois de détention provisoire nous avons eu le temps de sentir quelle était la logique de destruction, de vengeance et de punition de l'Etat vis-à-vis de ses sujets « insoumis » ; de subir son autoritarisme notamment par des transferts entre maisons d'arrêt et des mesures d'éloignement arbitraires compromettant sévèrement la défense. Depuis peu nous avons appris que le dossier de « Créteil » avait été joint au nôtre, histoire de rassembler les « anarcho-autonomes »...

Nous ne voulons pas être les pantins des enjeux du pouvoir d'institutions politiques et répressives : ne laissons pas l'Etat écraser les espaces de lutte...

Isa* et Farid*, depuis les prisons de Lille-Sequedin et de Meaux, mai 2008

* surnoms
« Plus faible sera l'opposition, plus étroit sera le despotisme » Orwell, 1984
le jeudi 5 juin 2008 à 12h05

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20 novembre 2007

Lettre d'un cheminot grèviste

Chère cliente, cher client,
Je suis en grève aujourd'hui et je l ' assume. Oui, j ' assume de devoir vous poser des problèmes dans votre train-train quotidien, j ' assume de vous obliger à modifier vos habitudes quotidiennes.

On m ' accuse de vous prendre en otage. Mais vous ai-je enfermés, vous ai-je attachés ? Non, je vous laisse libres. Libres au milieu des contraintes que vous acceptez tous les jours sans vous en plaindre. J ' assume pleinement de vous laisser voir vos chaînes, parce que ces chaînes sont aussi les miennes. Parce que moi aussi, je dois faire garder mes gamins quand je commence au petit matin, moi aussi, quand je rentre le soir, j ' ouvre ma boite à factures qui naguère s ' appelait boite aux lettres, moi aussi je m ' affale parfois dans le canapé pour manger docilement la soupe de la télé, car moi aussi, je vis dans cette société. Oui, je l ' assume. Comme j ' assume les contraintes de mon métier qui me font vivre à part du groupe, qui me font travailler avant vous pour vous emmener bosser et après vous pour vous ramener à la maison. Pour vous emmener dans votre famille passer les fêtes, je ne les passerai pas dans la mienne. Je vous transporte et par définition, mon travail commence là où s ' arrête le vôtre, et vice versa.

Quand j ' ai pris la décision de faire ce métier, il y a 15 ans, j ' ai pesé le prix de ma mise à l ' écart de la vie collective, par les horaires farfelus. Ce prix, je l ' ai accepté et j ' entends me le faire payer.

Bien sûr, je ne suis pas le plus mal loti de la terre. Bien sûr, il y a bien pire et bien plus malheureux. Mais doit-on se sentir coupable d ' avoir un toit en voyant les sans-abri ? Doit-on se sentir coupable d ' avoir un emploi en comptant les chômeurs ? Doit-on se sentir coupable de se défendre ?

Ma défense, je l ' ai préparée. Parce que les résultats des élections de mai ne laissaient aucun doute. Le conflit aurait lieu, historiquement il devait avoir lieu. Où et quand ? Vous avez la réponse aujourd ' hui. Parce que, je ne vous le cache pas, Il était encore sur le yacht de Bolloré que je mettais de coté l ' argent nécessaire à ce combat. S ' il le faut celui prévu pour quelques projets futiles sera utilisé et tant pis si le home cinéma ne vient pas dans mon foyer cette année. Quoi, j ' aurais pu me payer un home cinéma et je suis dans la rue ? Et bien ça aussi je l ' assume.
Et sans aucune honte depuis que j ' ai lu que la marque qui commercialise le plus grand écran plasma, un joujou à cent mille euros, dans les grandes sociétés, visait aussi maintenant le marché des particuliers en France. Donc il y a des particuliers en France qui peuvent acheter des écrans plasma à 100.000 euros.
Pas moi.
On me donne 2600 euros par mois pour conduire les trains, pas pour acheter mon silence et ma docilité.
On trouve au MEDEF des syndicalistes bien mieux lotis ayant toujours une larme à faire couler sur leur sort.

C ' est aussi pour ça que j ' assume de faire grève aujourd ' hui.

On m ' accuse de ne pas faire preuve de solidarité parce que la réforme est nécessaire et doit être approuvée. A force de lire les rapports du Conseil d ' Orientation des Retraites, à force de lire tout ce qui peut me tomber sous les yeux parlant de retraite, du sénat au blog débile, j ' ai acquis la conviction que tous cela aurait pu être évité, pour moi comme pour vous, si nos dirigeants avaient préparé ces échéances comme j ' ai préparé cette grève.

On nous a parlé de catastrophe, de faillite, de banqueroute même or n ' importe quel économiste honnête vous le dira, en 2000, l ' effort prévisible à réaliser, sans rien changer pour les retraites, pour les 40 années à venir était calculé inférieur à celui fourni pendant les 40 années passées. On a montré que le petit bout de la lorgnette, on n ' a pas dit que la richesse du pays augmenterait plus vite que cette charge, même dans les pires scénarii. Il y avait ce problème du baby boom ? Et alors, est-ce une raison pour tout mettre à bas alors qu ' il suffisait de remplir le fond de réserve des retraites créé en 2002, la seule véritable réforme honnête faite sur le sujet ? Que fait un ménage quand il sait qu ' une dépense va venir ? Soit il économise, soit il emprunte, soit il attend et se serre la ceinture le moment venu. C ' est cette voie qu ' ont choisie nos dirigeants, c ' est regrettable mais je suis citoyen et je respecte les suffrages. Alors cette politique qui n ' est pas la mienne, je l ' assume y compris les conséquences, y compris cette grève.

Aujourd ' hui, je refuse de faire mon travail dans la société parce que j ' ai un différent à régler avec cette société. J ' utilise un moyen légal, constitutionnel, occasionnant une gêne que j ' assume pleinement parce que je suis dans une entreprise qui fait des bénéfices et qui, seule, paye les avantages de mon régime de retraite. Une cotisation patronale supérieure de près de 12% à celle de votre patron, soit environ 500 millions, pour compenser un âge de départ inférieur au vôtre, dans des conditions souvent inférieures aux vôtres d ' ailleurs. Le reste ? C ' est ce que nous payerions ensemble si nous étions dans le même régime. D ' ailleurs la compensation entre régimes bénéficie à 93.7% aux artisans, commerçants, salariés et exploitants agricoles, et en 2015, mon régime ne sera plus bénéficiaire du système mais deviendra contributeur. Ces 12% sont à moi, pas à mon entreprise qui voudrait bien les récupérer. Comme les cotisations patronales, que les patrons appellent volontiers « charges », sont à vous, payant par avance votre droit à la santé ou à la retraite. C ' est parce que la seule personne volée dans cette réforme c ' est moi, j ' assume totalement de réclamer mon dû. On me dit que ce sont finalement les clients qui payent. L ' a-t-on dit aussi fort aux clients de Carrefour qui on payé les conditions de fin d ' emploi du patron d ' alors ? Le dit-on aussi fort de toutes ces retraites chapeaux, primes de départs et autres joyeusetés faites aux dirigeants des grandes entreprises ? Le dit-on aussi fort des avantages d ' autres salariés ? A ce dernier titre, il est bon de calculer que 5 années de bonus sur une carrière de 40 ans ne représentent finalement guère plus qu ' un mois et demi par an. Je n ' ai jamais eu de treizième mois, l ' avantage est-il si exorbitant ?

Alors j ' assume ne pas vouloir perdre ces 12% de retraite dans cette réforme qui ne vous apportera rien.
Le gain escompté est de l ' ordre de 200 millions d ' euros par an, au maximum.
A ce rythme, il faudra 75 ans pour rembourser les 15 milliards de cadeaux fiscaux faits cet été ! Suis-je encore le privilégié de cette société ?

Mais plus encore. Cette réforme, comme les précédentes, vous coûtera beaucoup, elle nous coûtera beaucoup à tous. Parce que c ' est la solidarité que l ' on tue aujourd ' hui. Cette solidarité voulue par nos pères au lendemain de la guerre, cette solidarité insupportable pour qui se réclame du libéralisme et du chacun pour soi. Cette solidarité dont le sens profond ne dépasse pas, pour notre gouvernement, la notion de l ' aumône dominicale. Mais pour moi elle a un sens, parce qu ' elle est profondément humaine. C ' est elle, le ciment de notre société.
A quoi bon vivre comme les loups où le couple dominant mange en premier et où le dernier mange ce qui reste ? Tous mangent, certes, mais est-ce le modèle que nous voulons pour notre société ? Est-ce l ' exemple pour nos enfants ? Ma conviction profonde est que la société humaine ne peut être basée que sur la solidarité, sur l ' entraide mutuelle. C ' est ce à quoi je crois et c ' est pour cela que j ' assume ce combat.

Et je me souviens de 1995. Vous étiez derrière nous à 75% ! Autre époque où nous portions l ' espoir, où l ' on a vu des personnes venir apporter une journée de salaire dans notre caisse de grève en nous demandant de faire la grève pour eux. La grève ce n ' est pas mon métier. J ' assume d ' avoir laisser tomber cet espoir faute de pouvoir le porter seul. J ' assume aujourd ' hui de me battre d ' abord pour moi, règle première de cette société libérale que je veux combattre. C ' est paradoxal ? Oui, mais j ' assume ce paradoxe parce que vous ne m ' aimez plus aujourd ' hui et que cette désaffection est le fruit d ' un combat que vous n ' avez pas voulu mener, croyant à tort que je le ferais pour vous. Nos père se sont battus, certains sont morts, pour nos congés, nos retraites, notre santé et pour bien d ' autres choses encore. Qui se souvient aujourd ' hui du prix payé par eux pour nos avantages de salariés de pays riche ?

Certains perdront leur boulot paraît-il. Mais qui est assez stupide pour m ' accuser moi et laisser en paix cette crevure de directeur du personnel qui utilisera cyniquement cet alibi, celui-là qui se trouve incapable de considérer son prochain comme son égal dans la difficulté ? Et bien, oui, j ' assume de fournir cet alibi fallacieux à cette personne qui ne devrait rien avoir à faire dans la société des hommes.

Il n ' y a pas si longtemps, nous, cheminots, avions un slogan plein d ' avenir, nous voulions partager le progrès pour tous. Souvenez-vous : « Le progrès ne vaut... » Où est-il ce progrès, aujourd ' hui où l ' Homme de ce siècle a enfermé sa liberté dans une télé et un portable ? Où l ' on vante les soi-disant mérites du libéralisme sans parler de ses inconvénients comme la précarité ? Où l ' on détruit l ' avenir de nos enfants en oubliant les combats de nos pères ? Où l ' on brade notre société solidaire pour peu qu ' on nous fiche la paix ? Où est-il le progrès aujourd ' hui ?

J ' assume tout cela, chère cliente, cher client, j ' assume tout.

Philippe DUVERNAY

L’humanité aura à répondre un jour, non seulement des actes des hommes malfaisants, elle aura aussi à répondre du silence des gens de bien.
Jean Rostand

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19 novembre 2007

Tchad: Collusion entre le laxisme du Gouvernment d'Idriss Deby et l'Indifference de l'Operation Epervier

Depuis quelque temps, l'interventionnisme souvent gratuit ou non justifié est devenu un mode de vie pour la France de Sarkozy . Le devoir d'ingérence français s'est transformé en une culture qui ne pousse que dans les terreaux de l'arrogance liée au mépris.

La separation entre la France et l’Afrique est radicale; l'histoire c’est pour eux les Blancs de l’UMP version Sarkozy, les Autres, les Noirs, mieux les africains sont de la géographie. À partir de ce paradigme, il se construit la base de l'édifice d'un racisme inconscient qui tente toujours de justifier les rapports de domination à l'échelle du système France-Afrique.

Ce racisme inconscient se manifeste brutalement partout en Afrique depuis l’arrivée de Sarkozy au pouvoir où un pays indépendant et souverain de la taille du Tchad se voit forcé, par les contraintes de l'histoire, à une espèce d'extinction programmée. Sous couvert d'assistance humanitaire ou sous le fallacieux prétexte de la Défense des Droits de l'homme, la France a pris possession du Tchad avec ses forces militaires et ses techniciens d'ONG, en profitant des faiblesses du pays et de l'incompétence de ses dirigeants.

La disparition des Institutions de l'État, la privatisation accélérée de certains organismes dont la rentabilité est proverbiale ou souffre de quelques carences au niveau de la gestion, l'apparition des phénomènes de corruption, d'instabilité et surtout de persévérance dans la médiocrité et la mauvaise foi ont fini par créer un climat de déshérence tout à fait inconnu dans l'histoire nationale. Pas étonnant que le désespoir s'y installe et se transforme peu à peu en une culture du laisser-aller préjudiciable au progrès et au développement du pays.

Personne ne peut nier que l'instabilité politique qui a accompagné l'intervention de la France au Tchad ne constitue un phénomène troublant. Car c'est surtout pendant le déploiement des Opérations Epervier qu'on a constaté la recrudescence des actes terroristes sur la population civile : vols, viols, kidnappings, etc. Aucune mesure répressive ou simplement conservatoire n'a été prise voire simplement envisagée par ces maîtres obligés pour protéger, autant que faire se peut, la population tchadienne.

Loin de là. La collusion entre le laxisme du gouvernement d’Idriss Deby et l'indifférence des Eperviers a eu un coût élevé en termes de victimes au sein de la société tchadienne . Des enfants, des jeunes garçons, des jeunes filles, des femmes, des vieillards, des riches ,des pauvres, des éléments de toutes les classes sociales, ont eu leur part d'angoisses, de peur, de rançon provoquées par les milices soudanaises à la solde du Tchad et les briguants de toutes sortes chassés des écoles françaises dans le but évident d'aller accroître les problèmes dans un pays africain. Les artisans du déluge du developpement national ont fait payer très cher à la société tchadienne l’installation de ce regime dit du Salut .

Ne doit-on pas nous rendre compte qu'en ce qui concerne la Démocratie promis par le Mouvement Patriotique du Salut (MPS) les fruits n'ont pas tenu les promesses des fleurs ?

Aujourd'hui que les cendres commencent à retomber sur les tisons encore chauds de l'histoire du Tchad , il est aisé de comprendre l'attitude de ces nouveaux politiciens qui, fascinés par la dolce vita intrigante de la France, ne rêvent que de tenter leur chance à la loterie du Pouvoir pour ensuite s'envoler vers des cieux plus complaisants pour jouir de leurs rapines en compagnie des membres de leurs familles. Le pouvoir est donc devenu le passage obligé de ceux qui, à tout prix veulent acquérir des richesses faciles.

Qu'on se souvienne des tchadiens arrêtés dans des aéroports occidentaux et qui avaient en leurs possessions pas moins de trois cent mille Euro en espèces sans compter leurs réserves de comptes bancaires avec six ou sept chiffres dans leur balance. Comment peut-on prendre au sérieux des responsables politiques qui ne s'inquiètent même pas du sort réservé aux enfants, aux vieillards, aux pauvres dont les Pères, eux aussi ont versé leur sang pour que ce pays soit libre? Comment comprendre que les classes dites moyennes soient aujourd'hui obligés de s'expatrier pour ne pas être kidnappées, rançonnées ou tuées? Comment comprendre que ce meme pays auquel ils ont jadis offert leur plus franche collaboration se fasse aujourd'hui le complice des assassins qui volent des pétits tchadiens pour leurs délices?

Dans ce pays où il est devenu plus facile de médire que de construire, de tuer que de protéger, d'ériger des prisons spéciales pour délinquants Français au lieu d'institutions scolaires pour combattre l'analphabétisme des enfants et l'ignorance crasse des analphabètes fonctionnels, friands de pouvoirs et de richesses mal acquises, on peut créer une ONG et embarquer des enfants comme des fagots pour des familles françaises.

Quoi qu'il en soit, il ne se passe pas une semaine sans que les médias tchadiens ne fasse mention de quelque perfidie ou forfaiture commise par un de nos dirigeants actuels. Le niveau de la moralité est à ce point bas que l'impression qui reste, c'est que rien ni personne ne sera en mesure de sortir le Tchad de sa déchéance présente. Quand ce n'est pas un politicien civil que la rumeur publique accuse de quelque acte dolosif, c'est encore un fonctionnaire digne qu'on croyait au-dessus de tout soupçon qui subissait les foudres d'une des nombreuses femmes d’Idriss Deby . Que les accusations soient vraies ou fausses, la question est de savoir pourquoi collectivement est-on descendu si bas?

Il est peut-être temps qu'une autre génération de tchadiens prennent la relève . Le Tchad n'a que faire de ces espèces de censeurs sans lecture ni écriture qui apparemment, sautent dans le fleuve Chari en crue en oubliant dans une pirogue démolie par l'usure, le gilet de sauvetage indispensable à leur survie.

Mes neveux et nièces nés en terre étrangère se posent toujours la question : Pourquoi leur tonton est-il si fier de son pays d'origine alors que la Télévision ne montre, relativement à cette terre natale que les spectacles les plus sordides? Ils se demandent encore à quand un nouveau Boulanger pour venir mettre de l'ordre dans ce morceau de pays coincé et habité par d'innommables trublions qui n'ont pas encore compris qu'ils ne sont là que pour amuser la galerie et donner bonne conscience aux fils et petits-fils de colons repentis. Ils se demandent enfin : Pourquoi ne laisse-t-on pas vivre en paix, en harmonie avec sa culture profonde, un peuple dont le seul tort est la pauvrété.

Mais que ces enfants se consolent en attendant la réalisation de leur rêve pour ce pays ostracisé, maltraité par des handicapés nationaux et des nains Français !
Le Tchad n’est pas un pays ou on se doute de sa force. Il renaîtra de ses cendres bientôt.

Félix Ngoussou
info@tchadforum.com
http://www.tchadforum.com/node/372

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18 novembre 2007

"Quand ils sont venus chercher les communistes, je n'ai rien dit je
n'étais pas communiste.
Quand ils sont venus chercher les syndicalistes, je n'ai rien dit je n'étais pas syndicaliste.
Quand ils sont venus chercher les juifs, je n'ai rien dit je n'étais pas juif.
Quand ils sont venus chercher les catholiques , je n'ai rien dit je n'étais pas catholique .
Et puis ils sont venus me chercher, et il ne restait plus personne pour dire quelque chose ."
Louis Needermeyer

Voilà je trouvais cette pensée d'actualité...

Coup?K ( Kalash )
--
toutes les infos sur :
http://www.kalash.fr
http://www.myspace.com/kalashcoupkjackmes
http://www.myspace.com/coupk
http://rue89.com/2007/05/31/kalash_rappeurs

AGENDA KALASH :
Le 17 Avril est sorti le double CD " A l'aurore du come-back"
Inédits,maxis,remixs...
Début 2008 ...Sortie du 2ème album de Kalash

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06 novembre 2007

« Etat de siège »
Un poème inédit de Mahmoud Darwich. Ramallah, janvier 2002

Par Mahmoud Darwich

Ici, aux pentes des collines, face au crépuscule et au canon du temps
Près des jardins aux ombres brisées,
Nous faisons ce que font les prisonniers,
Ce que font les chômeurs :
Nous cultivons l’espoir.

* * *
Un pays qui s’apprête à l’aube. Nous devenons moins intelligents
Car nous épions l’heure de la victoire :
Pas de nuit dans notre nuit illuminée par le pilonnage.
Nos ennemis veillent et nos ennemis allument pour nous la lumière
Dans l’obscurité des caves.

* * *
Ici, nul « moi ».
Ici, Adam se souvient de la poussière de son argile.

* * *
Au bord de la mort, il dit :
Il ne me reste plus de trace à perdre :
Libre je suis tout près de ma liberté. Mon futur est dans ma main.
Bientôt je pénètrerai ma vie,
Je naîtrai libre, sans parents,
Et je choisirai pour mon nom des lettres d’azur...

* * *
Ici, aux montées de la fumée, sur les marches de la maison,
Pas de temps pour le temps.
Nous faisons comme ceux qui s’élèvent vers Dieu :
Nous oublions la douleur.

* * *
Rien ici n’a d’écho homérique.
Les mythes frappent à nos portes, au besoin.
Rien n’a d’écho homérique. Ici, un général
Fouille à la recherche d’un Etat endormi
Sous les ruines d’une Troie à venir.

* * *
Vous qui vous dressez sur les seuils, entrez,
Buvez avec nous le café arabe
Vous ressentiriez que vous êtes hommes comme nous
Vous qui vous dressez sur les seuils des maisons
Sortez de nos matins,
Nous serons rassurés d’être
Des hommes comme vous !

* * *
Quand disparaissent les avions, s’envolent les colombes
Blanches blanches, elles lavent la joue du ciel
Avec des ailes libres, elles reprennent l’éclat et la possession
De l’éther et du jeu. Plus haut, plus haut s’envolent
Les colombes, blanches blanches. Ah si le ciel
Etait réel [m’a dit un homme passant entre deux bombes]

* * *
Les cyprès, derrière les soldats, des minarets protégeant
Le ciel de l’affaissement. Derrière la haie de fer
Des soldats pissent - sous la garde d’un char -
Et le jour automnal achève sa promenade d’or dans
Une rue vaste telle une église après la messe dominicale...

* * *
[A un tueur] Si tu avais contemplé le visage de la victime
Et réfléchi, tu te serais souvenu de ta mère dans la chambre
A gaz, tu te serais libéré de la raison du fusil
Et tu aurais changé d’avis : ce n’est pas ainsi qu’on retrouve une identité.

* * *
Le brouillard est ténèbres, ténèbres denses blanches
Epluchées par l’orange et la femme pleine de promesses.

* * *
Le siège est attente
Attente sur une échelle inclinée au milieu de la tempête.

* * *
Seuls, nous sommes seuls jusqu’à la lie
S’il n’y avait les visites des arcs en ciel.

* * *
Nous avons des frères derrière cette étendue.
Des frères bons. Ils nous aiment. Ils nous regardent et pleurent.
Puis ils se disent en secret :
« Ah ! si ce siège était déclaré... » Ils ne terminent pas leur phrase :
« Ne nous laissez pas seuls, ne nous laissez pas. »

* * *
Nos pertes : entre deux et huit martyrs chaque jour.
Et dix blessés.
Et vingt maisons.
Et cinquante oliviers...
S’y ajoute la faille structurelle qui
Atteindra le poème, la pièce de théâtre et la toile inachevée.

* * *
Une femme a dit au nuage : comme mon bien-aimé
Car mes vêtements sont trempés de son sang.

* * *
Si tu n’es pluie, mon amour
Sois arbre
Rassasié de fertilité, sois arbre
Si tu n’es arbre mon amour
Sois pierre
Saturée d’humidité, sois pierre
Si tu n’es pierre mon amour
Sois lune
Dans le songe de l’aimée, sois lune
[Ainsi parla une femme
à son fils lors de son enterrement]

* * *
Ô veilleurs ! N’êtes-vous pas lassés
De guetter la lumière dans notre sel
Et de l’incandescence de la rose dans notre blessure
N’êtes-vous pas lassés Ô veilleurs ?

* * *
Un peu de cet infini absolu bleu
Suffirait
A alléger le fardeau de ce temps-ci
Et à nettoyer la fange de ce lieu

* * *
A l’âme de descendre de sa monture
Et de marcher sur ses pieds de soie
A mes côtés, mais dans la main, tels deux amis
De longue date, qui se partagent le pain ancien
Et le verre de vin antique
Que nous traversions ensemble cette route
Ensuite nos jours emprunteront des directions différentes :
Moi, au-delà de la nature, quant à elle,
Elle choisira de s’accroupir sur un rocher élevé.

* * *
Nous nous sommes assis loin de nos destinées comme des oiseaux
Qui meublent leurs nids dans les creux des statues,
Ou dans les cheminées, ou dans les tentes qui
Furent dressées sur le chemin du prince vers la chasse.

* * *
Sur mes décombres pousse verte l’ombre,
Et le loup somnole sur la peau de ma chèvre
Il rêve comme moi, comme l’ange
Que la vie est ici... non là-bas.

* * *
Dans l’état de siège, le temps devient espace
Pétrifié dans son éternité
Dans l’état de siège, l’espace devient temps
Qui a manqué son hier et son lendemain.

* * *
Ce martyr m’encercle chaque fois que je vis un nouveau jour
Et m’interroge : Où étais-tu ? Ramène aux dictionnaires
Toutes les paroles que tu m’as offertes
Et soulage les dormeurs du bourdonnement de l’écho.

* * *
Le martyr m’éclaire : je n’ai pas cherché au-delà de l’étendue
Les vierges de l’immortalité car j’aime la vie
Sur terre, parmi les pins et les figuiers,
Mais je ne peux y accéder, aussi y ai-je visé
Avec l’ultime chose qui m’appartienne : le sang dans le corps de l’azur.

* * *
Le martyr m’avertit : Ne crois pas leurs youyous
Crois-moi père quand il observe ma photo en pleurant
Comment as-tu échangé nos rôles, mon fils et m’as-tu précédé.
Moi d’abord, moi le premier !

* * *
Le martyr m’encercle : je n’ai changé que ma place et mes meubles frustes.
J’ai posé une gazelle sur mon lit,
Et un croissant lunaire sur mon doigt,
Pour apaiser ma peine.

* * *
Le siège durera afin de nous convaincre de choisir un asservissement qui ne nuit
pas, en toute liberté !!

* * *
Résister signifie : s’assurer de la santé
Du coeur et des testicules, et de ton mal tenace :
Le mal de l’espoir.

* * *
Et dans ce qui reste de l’aube, je marche vers mon extérieur
Et dans ce qui reste de la nuit, j’entends le bruit des pas en mon intention.

* * *
Salut à qui partage avec moi l’attention à
L’ivresse de la lumière, la lumière du papillon, dans
La noirceur de ce tunnel.

* * *
Salut à qui partage avec moi mon verre
Dans l’épaisseur d’une nuit débordant les deux places :
Salut à mon spectre.

* * *
Pour moi mes amis apprêtent toujours une fête
D’adieu, une sépulture apaisante à l’ombre de chênes
Une épitaphe en marbre du temps
Et toujours je les devance lors des funérailles :
Qui est mort...qui ?

* * *
L’écriture, un chiot qui mord le néant
L’écriture blesse sans trace de sang.

* * *
Nos tasses de café. Les oiseaux les arbres verts
A l’ombre bleue, le soleil gambade d’un mur
A l’autre telle une gazelle
L’eau dans les nuages à la forme illimitée dans ce qu’il nous reste

* * *
Du ciel. Et d’autres choses aux souvenirs suspendus
Révèlent que ce matin est puissant splendide,
Et que nous sommes les invités de l’éternité.

SOURCE : http://www.monde-diplomatique.fr/2002/04/DARWICH/16330

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16 octobre 2007

"Certains cirques me laissent froide. Je n’aime pas être froide. Je n’aime pas feindre l’entrain en revanche je suis satisfaite lorsque je dois faire abstraction de soucis pour me fondre dans le décor imposé de la journée. Mais j’aurais avec le temps plus de mal peut-être à dissimuler la petite barre verticale entre les deux yeux, signe d’usure et de tensions. Une vague d’émerveillement parfois me prend et m’abandonne aux rivages, qui sait ce qui s’en propage en dépit de ma solitaire étreinte. J’aime le spectacle, je n’ai presque pas à intervenir. Lorsque ça m’arrive d’y prendre part c’est souvent n’importe quoi, je ne sais presque jamais à l’avance quelle bêtise va me sortir et heureusement que des gens m’entourent qui m’aiment assez pour me comprendre et trop pour m’en vouloir.

Cœur Mariam a fermé tôt ce matin, la rue de mon village est éteinte. Ce que je regarde s’envole, me laissant coite et inquiète avec ce que je ne vois pas. Le silence s’étire jusqu’à ce qu’une vie ne soit plus qu’une ombre à l’ombre de l’arbre planté au jour de sa naissance dans la terre de sa chair.

« I’m awfullly bitter these days

Cause my parents were slaves »

C’est ce qu’elle chante pour rappeler à quelqu’un que la vague souffrance qui l’anime de loin
est présente et confondue au sourd murmure des voix intérieures enfermées dans le monde
elle dit reviens, reviens, reviens à toi, ose tomber le masque
nus nous sommes et cela ne suffit pas à s’aimer
ni à vivre
chante-t-elle, pourrions-nous réellement nous toucher, rentrer à la maison et oublier ?
pourrions nous au fond des campagnes
en haut de la tour
au bas de l’immeuble
au fond d’une cave
nous ne pourrions
c’est pourquoi je pleure des chansons


Et Yann aux yeux de porcelaine qui demande s’il serait mieux à la mer ou à la montagne
Pour se protéger des autres    L’Autre
Yann qui ne se dit qu’une seule chose : « il n’est pas bon que l’homme soit seul »
Yann qui n’a personne de Montélimar à Phnom Phen
ni veloutés ni franche ripaille
Rien que des voix qui le harcèlent
Et une toute petite voix, un filet de voix tâtonnant un poème


J’aurais voulu entendre dire à ces jeunes filles et jeunes garçons que les générations antérieures n’avaient pas si bien su les aimer et que s’ils sont là aujourd’hui au Zénith c’est pour comprendre pourquoi on les convoque, pourquoi on leur demande leur sentiment, comment on utilise leur énergie …

Chacun son quant à soi me donne envie de m’asseoir sur le bitume et ne plus prendre part, heureusement mon chandail me pousse à la curiosité, j’aimerais répandre quelque chose, une traînée de poudre d’or sur leur passage, j’aurai voulu voir un défilé de renards et leurs âmes de joie en tomber les oripeaux.

Que me chante la vie ?

Ai-je l’âge d’être fragile ? Ai-je l’âge du doute ? Ai-je l’âge du luxe d’éprouver jusqu’au bout ? Où est passé le droit de dire la vérité, sa propre vérité, où est-il le courage de l’entendre ? Où est mon droit de ne pas exister ? Que fait le temps ? Ce sont des vies miséreuses, endurcies, brisées, meurtris, rugueuses … et depuis l’aube des nuits, il n’en est pas un à la tête de ce corps pour partager équitablement les fruits de son effort.
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Peut-être qu’avoir du cœur ne se choisit pas.

14.10.07 23:53 "

ARDENTE PATIENCE- http://20six.fr/ardentepatience

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30 juillet 2007

Alain Gresh- Lettre à ma fille- Israël- Palestine ...

« Israël, Palestine. Vérités sur un conflit » - Chapitre premier

Alain Gresh

J’ai écrit ce livre pour toi, en pensant à toi et à tous les jeunes de vingt ans. Cela fait plus de deux décennies que j’écris, que je donne des conférences, que j’effectue des reportages sur le conflit israélo-palestinien. J’ai débattu ardemment des droits des Palestiniens, du caractère de l’Etat d’Israël, de la paix à venir. Convaincu de la force de la raison et de la logique, de la nécessité de surmonter les préjugés, j’ai essayé de comprendre, de faire comprendre cet Orient prétendument compliqué. Je l’ai toujours fait avec passion, car j’ai le Proche-Orient au coeur, parce que j’y suis né et que j’y ai grandi. Et j’espère vous transmettre, à toi et à tes frères, au moins une once de ce penchant, bien que mon itinéraire ne soit ni le tien ni le leur.

Avec l’échec des accords d’Oslo, avec la spirale de la violence au Proche-Orient, j’ai été pendant un temps saisi par le découragement. Une nouvelle fois la paix s’éloignait, une nouvelle fois la région se trouvait emportée dans la folie et les affrontements. Pis, le conflit débordait dans l’Hexagone. Des milliers de Français juifs, souvent très jeunes, manifestaient devant l’ambassade d’Israël, quelques-uns aux cris de « Mort aux Arabes ! ». Ailleurs, d’autres jeunes Français, souvent d’origine maghrébine, clamaient leur indignation devant la répression en Cisjordanie et à Gaza, quelques-uns aux cris de « Mort aux juifs ! ». Des synagogues ont été attaquées, brûlées. Pendant plusieurs semaines, le spectre d’une guerre communautaire a flotté sur la « douce France ». Au-delà de la condamnation de principe de toutes les manifestations d’antisémitisme, les responsables politiques ont paru paralysés. Dans les collèges, les lycées, des enseignants tétanisés expliquaient qu’ils préféraient garder le silence plutôt qu’ouvrir le débat : les solidarités « communautaires » - les « feujs » avec Israël, les « beurs » avec les Palestiniens, les « Français de souche » regardant ailleurs - paraissaient tellement fortes, tellement « naturelles », tellement insurmontables ; il valait mieux éviter de les exacerber.

Comment consentir à ce fossé ? Pour moi, cela reviendrait à abdiquer les principes qui ont fondé mon travail, mes engagements, mes convictions. J’appartiens à une génération qui est venue à la politique - comme on dit venir au monde - dans les années 1960 à travers le formidable mouvement de décolonisation et à la faveur de la lutte, que nous proclamions invincible, du peuple vietnamien contre l’agression des États-Unis. Les clivages étaient alors politiques, idéologiques, oserais -je ajouter si ce mot n’avait désormais mauvaise presse. Ni les origines des uns, ni la religion des autres n’avaient de poids dans nos analyses, nos luttes, nos certitudes. Nous nous voulions partie intégrante de l’humanité, au-dessus des préjugés, des assignations de la « race » ou même de la nation. C’est ce qui nous avait séduits dans le message universaliste du marxisme : « Prolétaires de tous les pays, unissez-vous ! »

Certes, le conflit israélo-arabe était plus compliqué que la guerre au Vietnam. La victoire israélienne sur l’Égypte, la Syrie et la Jordanie durant la guerre de juin 1967 avait soulevé en France un enthousiasme délirant. Le poids du génocide des juifs, le mythe du kibboutz (exploitation agricole collective) socialiste, mais aussi le sentiment de « revanche » anti-arabe cinq ans seulement après la fin de la guerre d’Algérie autant de facteurs qui expliquaient ces prises de position unilatérales en faveur d’Israël. Mais pour l’essentiel les affrontements restaient politiques. Et dans les organisations communistes et d’extrême gauche, où des juifs militaient en nombre, nous défendions, encore une fois, des positions internationalistes.

Pourtant, nous étions les héritiers d’une tradition nationale. Nous étions encore fascinés par ces Français déclarés traîtres à leur patrie pour s’être engagés aux côtés du Front de libération nationale algérien ; on les appelait les « porteurs de valise ». Contrairement à Albert Camus, ils avaient préféré la justice à « leur mère ». Né en Egypte, d’une mère d’origine russe juive et d’un père copte, athée mais respectueux des croyants, je me reconnaissais dans le pays des Lumières. Je te l’ai déjà dit, ma fille, j’ai l’immense privilège d’avoir « choisi » ma nationalité : le lycée du Caire m’avait fait Français de culture et de coeur, même si je ne l’étais pas de sang. J’admirais Voltaire. Il s’était engagé dans l’affaire Calas, défendant ce calviniste accusé en 1761 d’avoir tué son fils prétendument converti au catholicisme, et exécuté l’année suivante à Toulouse. L’affaire divisa la France. Il fallut attendre 1765 pour que Calas soit réhabilité après que Voltaire eut plaidé sa cause avec tout le talent et l’énergie qu’il mettait, par ailleurs, à combattre les fanatismes religieux, y compris le protestantisme, et les privilèges des Églises.

« Avec mon frère contre mon cousin, avec mon cousin contre les étrangers » : l’adage, paraît-il, résumait la spirale des massacres que connaissait le Liban plongé dans la guerre civile, durant les années 1970. Cette logique, je l’ai toujours rejetée. Faut-il l’accepter aujourd’hui, à l’heure où l’on célèbre le « village planétaire », les droits universels de la personne et l’égalité entre êtres humains ? Faudrait-il considérer comme légitime que les juifs soient solidaires d’Israël, les musulmans des Palestiniens ? On peut comprendre des proximités familiales, affectives, religieuses. « Presque tous les juifs de Strasbourg, notait un responsable du Conseil représentatif des organisations juives de France (CRIF) après divers incidents antisémites à l’automne 2000, ont de la famille là-bas. Le sentiment de base est une réaction d’anxiété pour les proches. Dès qu’un danger menace Israël, la solidarité joue à plein. » Quant aux jeunes d’origine musulmane, ils s’identifient à ces lanceurs de pierres, pour des raisons sociales - « Déshérités de tous pays, unissez-vous » - ou par un sentiment, plus ou moins diffus, d’appartenance culturelle et religieuse. Une note des Renseignements généraux du mois de décembre 2000 soulignait que les agressions antisémites, assez isolées, exprimaient surtout le défoulement de quelques jeunes des cités et qu’on ne devait pas leur attribuer de caractère politique. Mais cela durera-t-il ?

Car la gauche reste étrangement à l’écart des événements de Palestine. Figée par la crainte de débordements, faisant appel aux autorités religieuses pour calmer les tensions, elle a abandonné à leur sort ces jeunes qui grandissaient en dehors de son influence, de sa culture, de sa vision du monde. Elle n’a pas su s’adresser à eux, répondre aux tourments qu’ils rencontraient dans les cités, trouver les mots qui touchent, mener les actions qui auraient pu donner à ce qui se passait en Palestine et en Israël un contenu universel. Écoeurés, vers qui se tourneront ces jeunes ? Vers ceux qui donnent à ce combat une explication, et une solution, religieuse ou communautaire ?

Pourtant, des voix courageuses, même minoritaires, rejetèrent et cette cécité de la gauche, et la dérive des solidarités « communautaires ». Le 18 octobre 2000, Le Monde publiait un appel : « Citoyens du pays dans lequel nous vivons et citoyens de la planète, nous n’avons pas de raisons ni pour habitude de nous exprimer en qualité de juifs », écrivaient des dizaines d’intellectuels, dont le résistant Raymond Aubrac, l’ancien président de Médecins sans frontières Rony Brauman, le philosophe Daniel Bensaid, le médecin Marcel-Francis Kahn, l’avocate Gisèle Halimi, le mathématicien Laurent Schwartz, l’historien Pierre Vidal-Naquet.

« Nous combattons, poursuivaient-ils, le racisme, dont, bien sûr, l’antisémitisme sous toutes ses formes. Nous condamnons les attentats contre les synagogues et les écoles juives qui visent une communauté en tant que telle et ses lieux de culte. Nous refusons l’internationalisation d’une logique communautaire qui se traduit, ici même, par des affrontements entre jeunes d’une même école ou d’un même quartier. ».

« Mais, en prétendant parler au nom de tous Ies juifs du monde, en s’appropriant la mémoire commune, en s’érigeant en représentants de toutes les victimes juives passées, les dirigeants de l’État d’Israël s’arrogent aussi le droit de parler, malgré nous, en notre nom. Personne n’a le monopole du judéocide nazi. Nos familles aussi ont eu leur part de déportés, de disparus, de résistants. Aussi le chantage à la solidarité communautaire, servant à légitimer la politique d’union sacrée des dirigeants israéliens, nous est-il intolérable. ». Quelques semaines plus tard, avec des intellectuels arabes ou d’origine arabe, ils créaient un comité pour défendre une paix juste au Proche-Orient. Les deux groupes - ils ne furent pas les seuls heureusement - tentaient de transcender les logiques identitaires au nom de principes universels et malgré les condamnations : Roger Ascott, dans L’Arche, le mensuel du judaïsme français (juillet-août 2001), dénonça comme « une poignée de demi-traîtres » ces juifs qui n’étaient pas solidaires d’Israël. Il n’a cependant pas exigé qu’on les fusille.

Comme à chaque nouvelle crise dans la région, j’ai été sollicité pour participer à des débats. Les discussions ont souvent été acharnées. J’ai rencontré de nombreux jeunes de ton âge, lycéens ou étudiants. J’ai pris conscience que nous n’avions pas été capables de transmettre cette expérience « internationaliste » que j’évoquais plus haut. Je souhaite, contre tous les vents contraires et sans vouloir idéaliser le passé, endosser ce rôle de « passeur » et transmettre un relais. Ce désir est à l’origine de ce livre. J’ai voulu à la fois rétablir un certain nombre de faits sans lesquels aucune discussion sérieuse n’est possible et exposer les principes sur lesquels se fonde ma manière de voir le conflit.

L’affrontement en Palestine est l’un des plus anciens de la planète. Il remonte à un siècle environ, avec l’émergence du mouvement sioniste en Europe et les premières vagues de colonisation en Palestine. De la Première Guerre mondiale à aujourd’hui, il a impliqué, à chaque époque, toutes les grandes puissances, de l’Empire ottoman à la Russie tsariste, de l’Union soviétique à l’Allemagne nazie, des États-Unis à la Grande-Bretagne. Il s’est traduit par cinq guerres, dont certaines ont failli dégénérer en conflagration mondiale. Dans le programme d’histoire de terminale, qui aborde le monde d’aujourd’hui, le Proche-Orient est éclaté en plusieurs chapitres, en plusieurs thématiques. De surcroît, pour des raisons déjà évoquées, comme nombre de professeurs répugnent à aborder ce sujet « sensible », qui tombe rarement à l’épreuve du baccalauréat, la confusion est de mise. Or la connaissance est une condition indispensable à tout débat. Des points de vue divers peuvent se confronter si jeunes et moins jeunes possèdent, ce qui n’est généralement pas le cas, les éléments historiques de base. Je rappellerai donc les faits et les enchaînements qui me paraissent indispensables à tout débat sérieux.

Mais ces précisions sont insuffisantes. Après tout, il existe déjà des centaines d’ouvrages décortiquant le conflit, son histoire et ses protagonistes. Ce n’est pas pour cela que les « spécialistes » tombent d’accord. Pourquoi ? Parce que chacun lit, consciemment ou non, ce conflit à travers des « grilles d’analyse », qui donnent un « sens » aux événements. Que répondre à quelqu’un qui proclame que la terre d’Israël a été donnée aux juifs par Dieu ? Peut-on contester Dieu ? Une vision religieuse, fondée sur un message divin, est non négociable. Comment convaincre des élèves musulmans qui pensent que la Palestine est un waqf (bien de mainmorte) islamique et qu’elle ne peut être un élément de marchandage ou de compromis ?

Comprends-moi bien. La ligne de démarcation, pour ce qui concerne la Palestine ou pour tout autre affrontement, ne passe pas toujours entre les religieux et les autres. Certains laïques défendent des positions nationalistes extrémistes, qui attribuent une supériorité aux « leurs » contre les « autres » - nous l’avons vu en Serbie ou en Croatie.

Par ailleurs, certains religieux recommandent une lecture humaniste. Dans une tribune publiée dans le quotidien Le Monde du 9 janvier 2001, le rabbin David Meyer rappelait que, dans la tradition juive, l’idée de « terre sainte » ou de « promesse inconditionnelle » sur la terre d’Israël n’existe pas. Il citait le chapitre IV du Deutéronome (un des premiers livres de la Bible) : « Maintenant donc, ô peuple d’Israël, écoute les lois et les règles que je t’enseigne pour les pratiquer, afin que vous viviez et que vous arriviez à posséder le pays que l’Éternel, Dieu de tes pères, vous donne. [...] Voyez, je vous ai enseigné des lois et des statuts, selon ce que m’a ordonné l’Éternel, mon Dieu, afin que vous vous y conformiez dans le pays où vous allez entrer pour le posséder. Observez-les et pratiquez-les ! Ce sera là votre sagesse et votre intelligence aux yeux des peuples [...].Or, quand vous aurez engendré des enfants, puis des petits-enfants, et que vous aurez vieilli sur cette terre, si vous dégénérez alors, si vous fabriquez une idole, image d’un être quelconque, faisant ainsi ce qui déplaît à l’Éternel, ton Dieu, et l’offense, j’en prends à témoin, aujourd’hui contre vous, les cieux et la terre ; vous disparaîtrez promptement de ce pays pour la possession duquel vous allez passer le Jourdain, vous n’y prolongerez pas vos jours, vous en serez proscrits. » Et le rabbin s’interroge sur ce culte insensé « que constitue l’idolâtrie de la terre d’Israël, du "Grand Israël", qui fait passer « les notions de sainteté et de sacré avant celle du respect de la vie humaine ». Certains de nos intellectuels laïques devraient en prendre de la graine.

Pour ma part, je n’appartiens à aucun « parti de Dieu », je me contente, comme le « bâtard Goetz », le personnage central de la pièce Le Diable et le Bon Dieu, de Jean-Paul Sartre, d’appartenir à celui des hommes, ou plutôt à celui des êtres humains. Je ne reconnais aucune hiérarchie entre eux, pas plus que je ne classe sur une échelle ascendante ou descendante les communautés religieuses ou nationales ; Même si je comprends que, pour des raisons parfois familiales, quelquefois religieuses, souvent culturelles, nous puissions nous sentir plus proches de tel ou tel peuple... À condition de ne pas l’idéaliser, à condition de ne pas absoudre les crimes commis en son nom.

Claude Lanzmann est le directeur des Temps modernes, une revue fondée par Sartre. Elle joua - mais c’était bien avant ta naissance - un rôle dans le débat intellectuel français. Lanzmann a commis un film pitoyable et apologétique sur l’armée israélienne. C’est son droit, nous sommes dans un pays libre. Il en a réalisé un autre, marquant, sur le génocide des juifs. I1 en a tourné un troisième intitulé Pourquoi Israël ? À aucun moment il n’y évoque les Arabes. Interrogé sur le pourquoi de cette absence, il répond, dans une tribune du Monde (7 février 2001) : « C’est à eux de le faire. » Arrête-toi une minute sur l’aberration de ce propos. Les Noirs devraient écrire sur les Noirs, les Arabes sur les Arabes, les juifs sur les juifs... Logique ethnique, tribale, logique de guerre, éloignée de tout idéal humaniste.

En Palestine, il n’existe pour moi aucun droit « naturel » ou « religieux ». Remonter à trois mille ans ou même à mille ans pour définir quel arpent de terre appartient à qui est un exercice absurde, illégitime, mais aussi sanglant. Une telle argumentation a été utilisée par la direction de Belgrade pour justifier un « droit » sur le Kosovo, « berceau de la Serbie ». Nous savons que les nations modernes remontent au XVIIIe siècle et à la Révolution française. Je reviendrai sur ce point dans le chapitre III. Mais l’occupation de telle région française par des tribus germaniques ou de l’Aquitaine par les « Anglois » ne crée aucun droit...

Comment, alors, s’y reconnaître dans des revendications opposées ? Par l’affirmation du primat du droit international. Que disent, en substance, les résolutions des Nations unies sur la Palestine et sur Israël ? Elles reconnaissent que, désormais, sur la terre historique de la Palestine sont installés deux peuples, l’un juif israélien, l’autre palestinien, et que ces deux peuples ont droit chacun à leur État indépendant.

Nuançons néanmoins cette symétrie. D’abord, le peuple israélien dispose déjà d’un État depuis plus de cinquante ans, alors que les Palestiniens en sont toujours privés et vivent dans l’exil forcé ou sous occupation. D’autre part, la situation actuelle est née d’une injustice originelle : les Palestiniens ont été chassés de chez eux, notamment en 1948-1950, par les milices juives puis par l’armée israélienne, comme je le développerai dans le chapitre IV. Cette expulsion, longtemps niée ou refoulée en Israël comme en Occident, est désormais un fait établi, grâce notamment aux travaux des « nouveaux historiens » israéliens. Nous vivons à une époque et dans un ensemble, l’Europe, où l’on invoque à satiété le « devoir de mémoire ».Très bien, mais ne faisons pas preuve de sélectivité. L’injustice faite aux Palestiniens mérite, comme d’autres - multiples durant la période coloniale -, réparation et d’abord reconnaissance. Cette dimension morale ne peut être occultée car elle conditionne une réconciliation entre Israéliens et Palestiniens.

Sur ce conflit pèse lourdement le génocide des juifs. Les prises de position, en France comme au Proche-Orient, sont marquées au fer rouge par ce qui constitue un des crimes les plus abominables de ce siècle. L’anéantissement des juifs par le nazisme et ses alliés, l’incapacité des grandes puissances de l’époque à stopper ce crime ont créé une culpabilité dans les opinions occidentales et une inclination en faveur de ceux qui se revendiquent comme héritiers de l’histoire et de la mémoire des juifs. Ce martyre a favorisé le vote de l’Assemblée générale des Nations unies du 29 novembre 1947 en faveur du partage de la Palestine, et donc de la naissance de l’État d’Israël. Mais ce sont les Palestiniens qui ont payé le prix d’un crime qu’ils n’avaient pas commis. Je reviendrai aussi plus longuement, dans le chapitre V, sur cette contradiction.

Quand on évoque le Proche-Orient, on ne peut pas être « au-dessus de la mêlée ». La neutralité relève de l’illusion. Pourtant, je refuse la solidarité abstraite avec un des deux camps. Je ne pense pas qu’un peuple, quel qu’il soit, soit « bon », « juste », « supérieur » par nature ou par une quelconque grâce divine ou immanente. Aucun peuple n’est investi d’une « mission supérieure ». En revanche, il existe des « causes justes ». Cette distinction échappe parfois aux commentateurs. Richard Liscia, dans un article sur - ou plutôt contre - la presse publié par L’Arche en novembre 2000, dénonçait un des « mécanismes » des médias et du public, la solidarité avec les « révoltés » : « L’admiration du public pour les grévistes de la SNCF et de la RATP, ou pour les transporteurs routiers - qui, pourtant, lui empoisonnent l’existence -, n’est peut-être pas sans rapport avec la défense frénétique de la cause palestinienne. On se range maintenant, presque systématiquement, du côté des révoltés. » Faut-il vraiment s’offusquer que l’opinion soit, spontanément, du côté des victimes ?

Dans Le Figaro, le psychanalyste Daniel Sibony explique que « l’opinion occidentale n’"aime" les gens que victimes. Elle aime les juifs victimes des camps (elle les aime surtout après les camps) et elle aime les Palestiniens victimes des juifs. » Propos ambigu sur les camps mais, encore une fois, est-il si anormal de se sentir solidaire des victimes ? Non, à condition de retenir cette leçon de l’histoire : les victimes d’hier peuvent, malheureusement facilement, se transformer en bourreaux d’aujourd’hui. Les exemples abondent, comme celui, très récent, du Rwanda. Les Tutsis ont été victimes de la part des Hutus d’un génocide, mais une de leurs organisations a réussi à conquérir le pouvoir et elle a commis de terribles massacres. Faut-il pour autant absoudre les responsables du génocide des Tutsis ? Pierre Vidal-Naquet, historien et pourfendeur de la torture durant la guerre d’Algérie, combattant inlassable des causes justes, cite cet ancien commentaire rabbinique de la Bible, que je dédie aux croyants et aux mécréants : « Dieu est toujours du côté de qui est persécuté. On peut trouver un cas où un juste persécute un juste, et Dieu est du côté du persécuté ; quand un méchant persécute un juste, Dieu est du côté du persécuté ; quand un méchant persécute un méchant, Dieu est du côté du persécuté, et même quand un juste persécute un méchant, Dieu est du côté de qui est persécuté. »

Les intellectuels français, eux, ne le sont pas toujours. Le silence de nombre d’entre eux depuis le déclenchement de la seconde Intifada est assourdissant. Et puis, parfois, on aurait préféré qu’ils s’abstiennent. Dans une hallucinante tribune (Libération, 10 juillet 2001), trois d’entre eux, Marc Lefevre, Philippe Gumplowicz et Pierre-André Taguieff, soutenus par une dizaine de leurs collègues, dénoncèrent la visite de solidarité d’une délégation qui comprenait notamment José Bové dans les territoires occupés. Le surtitre résumait le propos : « Les malheurs des Palestiniens viennent de leur direction politique corrompue et non des colons israéliens, comme l’affirme le leader syndical [José Bové]. » Les 400 000 colons ? Seule une petite minorité d’entre eux - 30 000 - sont des fanatiques religieux ; pourquoi s’inquiéter alors, ils seront évacués le moment venu. La répression israélienne ? Elle n’est même pas évoquée, les signataires dénoncent uniquement les attentats « barbares ». « Les bases d’un accord définitif pour solde de tout compte » ? Elles ont été définies à Taba en janvier 2001, écrivent les auteurs, ce qui est vrai ; seul Arafat n’a pas voulu se saisir de cette chance, ce qui est mensonger. À moins que ce ne soit pure ignorance érigée en argument théorique. Une solution fondée sur deux États est la seule possible ? Nous sommes béats d’entendre qu’Ariel Sharon « l’admet également quand les micros sont débranchés ». Sans doute comme l’Afrique du Sud de l’apartheid acceptait l’indépendance des bantoustans... Le jour de la parution de ce texte, l’armée israélienne détruisait une vingtaine de maisons palestiniennes à Jérusalem et dans la bande de Gaza. Nombre de familles se retrouvaient à la rue. Mais pourquoi s’inquiéter, ces maisons seront reconstruites un jour...

Décidément, on applique à ce petit territoire Palestine-Israël d’autres principes, d’autres règles d’analyse que ceux que l’on utiliserait ailleurs. Je suis toujours confondu de constater que des intellectuels éminents, prompts à se mobiliser pour d’innombrables causes, renâclent quand il s’agit de la Palestine. Même un philosophe comme Jean-Paul Sartre, dont les positions généreuses sont connues, de la guerre d’Algérie à la lutte des Noirs américains, était pour le moins timoré en ce domaine. Souvent inconsciemment, nous appliquons au Proche-Orient la règle « deux poids, deux mesures ».

« Est-ce ratiociner que de se demander d’où venaient ces enfants, qui les avait mis en première ligne, dans le cadre de quelle lugubre stratégie du martyre ? [...] Est-ce faillir, oui, que de suggérer que la brutalité insensée de l’armée sud-africaine, cette débauche et cette disproportion des moyens employés étaient une réponse à ce qu’il faut appeler une déclaration de guerre des Noirs ? »Ces mots, s’ils avaient été écrits au lendemain des émeutes de Soweto de 1976, qui virent se soulever la jeunesse des townships d’Afrique du Sud, auraient définitivement discrédité leur auteur...

Or ce texte, Bernard-Henri Lévy l’a écrit dans Le Point du 13 octobre 2000. On lisait ainsi : « Est-ce ratiociner que de se demander d’où venaient ces enfants, qui les avait mis en première ligne, dans le cadre de quelle lugubre stratégie du martyre ? [...] Est-ce faillir, oui, que de suggérer que la brutalité insensée de l’armée israélienne, cette débauche et cette disproportion des moyens employés étaient une réponse à ce qu’il faut appeler une déclaration de guerre des Palestiniens ? » Des dizaines de jeunes de moins de 18 ans, parfois des enfants, furent tués durant les premières semaines de la seconde Intifada. Et Bernard-Henri Lévy se demande ce qu’ils faisaient en première ligne. Se serait-il posé la question si ces jeunes avaient été bosniaques ou tchétchènes ?

Quelques semaines plus tard, Bernard-Henri Lévy « rectifie » légèrement le tir, si l’on peut dire, à la suite d’un voyage en Palestine : « Un argument que je n’utiliserai plus, reconnaît-il, après avoir entendu des mères palestiniennes me dire, comme toutes les mères du monde, leur folle angoisse quand, à l’heure de la sortie de l’école, elles ne voient pas rentrer leur fils : "les enfants délibérément mis en avant, sciemment transformés en boucliers humains, etc." » Mais il ajoute que le petit Mohamed El Dourra, cet enfant dont la mort a été filmée en direct par les caméras de télévision, a été tué par « une balle "perdue" », non par « le tir ciblé d’un soldat juif assassin d’enfants » (Le Point, 24 novembre 2000). Ainsi, Bernard-Henri Lévy a besoin de faire le voyage en Palestine pour comprendre que les mères palestiniennes ne hurlent pas de joie quand tombent leurs enfants, que les Palestiniens sont, tout simplement, des êtres humains ?

L’Histoire joue parfois de drôles de tours, comme le prouve cette information. La manifestation a été très dure. Les affrontements se sont prolongés. À l’issue d’une journée d’émeutes, on relève 9 morts et 44 blessés graves. Sur ces derniers, 18 sont âgés de 8 à 16 ans, 14 ont entre 16 et 20 ans. La presse dénonce alors ces parents qui se servent de leurs enfants comme « boucliers humains » ou qui les envoient au casse-pipe alors qu’eux restent tranquillement à la maison. Ces faits se passent bien en Palestine, mais en... novembre 1945 à Tel-Aviv. Les manifestants étaient alors des juifs qui protestaient contre les restrictions de l’immigration. Davar le quotidien de la centrale syndicale juive (la Histadrout) publia une caricature qui lui coûta une interdiction d’une semaine : un médecin, aux côtés d’enfants blessés sur leur lit d’hôpital, dit à un collègue : « Bons tireurs, ces Anglais ! Des cibles si petites, ils ne les ratent pas ! »

Cet épisode a été rapporté par Charles Enderlin, correspondant de France 2 à Jérusalem, dont l’équipe a filmé en direct la mort du petit Mohamed El Dourra. Bernard-Henri Lévy aurait-il écrit à l’époque que les jeunes manifestants avaient été tués par une « balle perdue » ? Et que signifie sa formule « soldat juif assassin d’enfants » ? Une semonce à tous ceux qui critiquent l’armée israélienne : vous seriez porteurs d’un antisémitisme camouflé, vous propageriez les pires clichés de l’antisémitisme, des juifs meurtriers d’enfants. Si notre « philosophe » avait tout simplement lu la presse israélienne, il aurait su que, oui, des soldats israéliens tuent délibérément, y compris des enfants.

La journaliste israélienne Amira Hass a publié ce dialogue insensé avec un tireur d’élite de l’armée israélienne : « On nous interdit de tuer les enfants », explique-t-il en parlant des ordres de sa hiérarchie. Mais il ajoute :« Vous ne tirez pas sur un enfant qui a 12 ans ou moins. Au-dessus de 12 ans, c’est autorisé. C’est ce qu’ils nous disent » (Le Monde, 24 novembre 2000). L’organisation israélienne de défense des droits humains B’Tselem, s’appuyant sur les chiffres mêmes de l’armée israélienne, a montré que dans les trois quarts des incidents les plus mortels, entre le début de l’Intifada et le 15 novembre 2000, on n’avait décelé aucune présence de tireurs palestiniens (International Herald Tribune, 14 décembre 2000). La presse a mentionné les nombreux cas où des Palestiniens, oui, des enfants, avaient été délibérément tués alors que la vie des soldats n’était nullement en danger. Le refus de l’armée d’ouvrir des enquêtes sur la plupart de ces cas encourage évidemment un tel comportement. Et une enquête du journaliste israélien Joseph Algazy, du quotidien Haaretz, a révélé le cauchemar de dizaines de Palestiniens de 14, 15 ou 16 ans battus, maltraités, torturés dans les prisons israéliennes.

L’affaire de Mohamed El Dourra a frappé un point sensible, provoquant d’autres réactions ahurissantes. Claude Lanzmann, encore lui, a expliqué dans Les Temps modernes ce qui le « révolte » dans l’affaire : « C’est que cette mort a été filmée en direct par le cameraman arabe d’une chaîne française de télévision. Moi, si je vois un gosse qui risque d’être tué sous mes yeux, ma tendance serait plutôt d’y courir et d’essayer de le sauver’ plutôt que de flatter ce que Lacan appelait la pulsion "scopique" (ou "scoopique", comme on voudra). » Charles Enderlin, dont dépendait Talal, le cameraman mis en cause, s’interrogeait dans un courrier au Monde, où il se définissait ironiquement comme « journaliste juif de la chaîne française France 2 » :« Devons-nous signer nos reportages en signalant aux téléspectateurs notre appartenance nationale ou religieuse : journaliste juif, cameraman arabe, preneur de son chrétien, monteur vidéo vietnamien ? » Et il précisait : « Sous le feu pendant quarante minutes, [Talal] a craint lui-même d’y laisser la vie, m’appelant plusieurs fois depuis son téléphone portable pour me demander de m’occuper de sa famille si lui aussi était tué. Les autres cameramen présents sur les lieux ont filmé la scène, Talal et son assistant se protégeant derrière une camionnette blanche au milieu du carrefour. Un ambulancier a tenté de porter secours au petit Mohamed et à son père. Il a été tué. Mais faut-il souligner qu’il était arabe, palestinien et musulman ? »

Une seule question mérite d’être posée : comment un soldat peut-il viser des enfants et les tuer ? Toute autre interrogation est obscène, s’émeut le psychiatre palestinien Eyad Serraj. C’’est de cette obscénité que nous devons nous garder en plongeant dans l’histoire de ce conflit. Je n’entrerai pas dans le détail, les livres sont innombrables sur le sujet ; je ferai le choix des enchaînements qui me semblent indispensables pour comprendre le conflit. « Vers l’Orient compliqué, je m’envolais avec des idées simples », a écrit Charles de Gaulle. Cette formule rabâchée sert souvent à justifier des prises de position en contradiction avec les valeurs universelles. Envolons-nous plutôt vers cet Orient compliqué avec la boussole de la raison humaine.

( Source : Le monde diplomatique )

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30 juin 2007

DROIT DE CITE

" Des millions d'hommes meurent de faim, l'injustice, l'obscurantisme sont partout; on arrête, on emprisonne, on déporte, on torture, on répand le sang, on diffuse le mensonge corrupteur, on entretient l'analphabétisme, on étouffe les idées généreuses, on anéantit les consciences -  pendant ce temps-là, nos célébrités littéraires font de la littérature confortable, c'est-à-dire du pur fumier, se prostituant au public de toutes les façons, notamment par l'intermédiaire de cette entreprise décérébration qu'est notre actuelle télévision. Entre gens de bonne compagnie, on brode sur des idées usées- mais ce qui compte aujourd'hui, c'est la faim dans le monde, la non-culturisation des masses, la pollution de la nature par l'abus chimique, la démographie anarchique, les menaces de l'arsenal nucléaire.
Le reste, madame, on s'en fout ! "

Louis Calaferte
Droit de cité ( édité chez Folio- 1995 )

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