BCK MIR PRODIGY

Black Mirror, l’émission hip-hop partage avec nous une selekta par semaine, parce que la zik fait partie de notre histoire !
Bonne écoute !

2017 qui s’achève aura été une année bien sombre pour les amoureux de musique. Beaucoup de grands sont morts, et on ne parle pas là de celui qui a eu droit aux honneurs posthumes d’une République et d’élites qui font mine de l’avoir toujours admiré pour laver leur mépris de classe dans un populisme nauséabond.

De vraies légendes se sont éteintes : Charles Bradley le bouleversant soulman reconnu sur le tard ; Al Jarreau l’iconoclaste pianiste jazz de génie ; Chuck Berry, à qui les rockeurs de pacotille doivent tout ; Fats Domino, le roi de la Nouvelle Orléans qui avait miraculeusement survécu à l’ouragan Katrina ; Lil Peep, le fer de lance de la nouvelle scène rap gothique… Et surtout, le 21 juin dernier, une perte immense pour tous ceux et toutes celles que le hip-hop a élevé. Prodigy, cofondateur d’un des plus grands groupes de tous les temps et qui a pour toujours changé le visage du rap, notamment français : Mobb Deep.

Albert Johnson, de son vrai nom, était frappé depuis la naissance par une maladie en forme de malédiction, la drépanocytose – génétique, touchant dans une écrasante majorité les Noirs – qui lui a fait souffrir le martyr tout au long d’une trop courte existence toute entière dédiée au rap.

Havoc et lui se rencontrent au collège, dans le quartier de Queensbridge à New York, et sortent leur premier essai commun en 1993, le trop peu remarqué « Juvenile Hell ». C’est avec le suivant, « The Infamous » (les « tristement célèbres ») qu’ils vont vraiment trouver un style dont l’influence semble insondable. Combien d’albums de rap français dans les années qui suivent vont tenter de reproduire jusqu’à la nausée ces caisses claires sèches à l’interminable écho, ces boucles dépouillées, lointaines et mélancoliques, ces atmosphères lugubres qui transpirent les trottoirs mouillés et les soirées coupe-gorge, Lunatic et la Cliqua en tête ? « Hell On Earth« , sorti en 1996, viendra encore enfoncer le clou, au point que le son de New York a l’époque semble y être tout entier contenu. Quels rappeurs en devenir ne se sont pas essayés alors aux diaboliques boucles de « Survival Of The Fittest » ou de « Shook Ones » ?

Mais Mobb Deep, ce n’était pas qu’un son, ce n’était pas que des productions au cordeau signées pour la plupart par Havoc, mais toujours épaulé et guidé par Prodigy, à la substance piochée dans l’immense collection soul/funk/jazz de leurs darons. C’était aussi une attitude, glaciale, des lyrics menaçants et sans concession, une alchimie parfaite de grains de voix qui ne sont pas là pour blaguer. Mobb Deep ne s’écoutait jamais mieux que sourcils froncés sous une capuche. Le groupe perdit de son identité dans les années 2000 avant de se séparer, mais Prodigy continua d’enchaîner des classiques indépassables, quand il trouvait un prodo à la hauteur de ses rimes douloureuses. Pas besoin de disserter sur les dérives complotistes dans lesquelles il lui arriva de sombrer, et qui sont surtout l’expression d’une paranoïa qui l’accompagnait depuis trop longtemps, lui pour qui tenir debout relevait parfois du calvaire, lui dont les veines ne cessaient de charrier le poison. Quand Prodigy rappait, tu l’écoutais. C’était du rap de condamné, du rap qui pue l’urgence de vivre, les mots de celui qui sait que la mort se tient autant à chaque coin de rue que dans sa propre carcasse.

Nombre de mixes, dont certains excellents, on payé le tribut qui est dû à son immense parcours. De nôtre côté, pour ne pas faillir aux traditions, c’est par les samples qu’on a décidé d’aborder son œuvre monstrueuse. Comme une manière d’inciter à se replonger corps et âmes dans une des discographies les plus remuantes du rap mondial.

Rest in Powa, P.

Tracklist :
01.Mobb Deep – Where Ya Heart At
02. Sade – Fear
03. The Whispers – Can’t Help But Love You
04. Mobb Deep – Drop A Gem On ’em
05. Aretha Franklin – You Are My Sunshine
06 – Mobb Deep – Can’t Get Enough Of It
07. Big Pun – Tres Leches (Triboro Trilogy) Feat. Prodigy & Inspectah Deck
08. Gary Burton – Las Vegas Vango
09. Mobb Deep – Pearly Gates Feat. 50 Cent
10. Tavares – The Judgement Day
11. LL Cool J – I Shot Ya Feat. Fat Joe, Foxy Brown, Keith Murray, Prodigy
12. Lyn Collins – Put It On The Line
13. Mobb Deep – Temperature’s Rising Feat. Crystal Johnson
14. Patrice Rushen – Where There Is Love
15. Mobb Deep – Still Shinin’
16. Willie Hutch – Hospital Prelude Of Love Theme
17. Prodigy – Mac 10 Handle
18. Edwin Starr – Easin’ In
19. Geto Boys – Mind Playing Tricks On Me
20. Right Back At You Feat. Ghostface, Raekwon & Big Noyd
21. Les Mccann – Benjamin
22. Mobb Deep – Apostle’s Warning
23. Michael Jackson – People Make The World Go Round
24. Mobb Deep – Quiet Storm (Remix)
25. Grand Master Flash & Melle Mel – White Lines (Don’t Do It)
26. Mobb Deep – G.O.D. Pt. III
27. Moroder – Scarface Theme
28. Mobb Deep – It’s Mine Feat. NaS
29. Al Green – The Letter
30. Capone ‘N’ Noreaga – L.A. L.A Kuwait Mix Feat. Mobb Deep x Tragedy Khadafi
31. Mobb Deep – Give Up the Goods (Just Step) Feat. Big Noyd
32. Esther Phillips – That’s All Right With Me
33. O.V. Wright – A Fool Can’t See The Light
34. Mobb Deep – True Lies

Une émission de la radio ariégoise La Locale.

Les selekta des camarades de Black Mirror déjà publiées ici :
Al Green Resampled – triple selekta !
O.V. Wright Selekta
Message To The Soul Sisters ! Songs Of The Funky Divas
Seize The Time ! Black Panther Party Songs
Give The People What They Want ! Motivation Soul Music
Pilote Black Mirror Selekta – Soul, Funk, Early Reggae

BCK MIR STICKER last
Black Mirror, émission hip-hop

 

Source : https://quartierslibres.wordpress.com/