Ouverture d'une bibliothèque anticoloniale aux pieds des tours de Busserine-st Barthélemy, à Marseille, le 8 mai 2018. Un projet initié par Soraya Chekkat.

Un bel exemple d'éducation populaire ! Parce qu'il n'y a pas de bibliothèque à Busserine-st Barthélemy, un quartier situé au nord de Marseille, Soraya Chekkat a décidé d'en ouvrir une sans attendre l'aval des pouvoirs publics. "Sinon, on ne fait pas grand chose", raille cette militante aguerrie, qui anime des "ateliers CV" à Busserine. 
 

Tout commence quand il y a un an, elle lance cette idée sur Facebook. Quelques réactions mais rien de concret. "Et puis, il y a quelques semaines, une jeune fille, Shainez, la vingtaine, me contacte et on a décidé de se lancer", explique Soraya. La jeune femme met rapidement en ligne une cagnotte. Séduits, les gens participent activement.  

Pour mener à bien ce projet, Soraya Chekkat a d'abord besoin d'un local. "L'association des locataires a tout de suite accepté de nous en mettre un à disposition", raconte avec le sourire Soraya. 

Cela fait longtemps que cette Marseillaise voulait ouvrir un lieu de ce genre à Busserine. Une bibliothèque un peu particulière : une "bibliothèque anticoloniale".
Soraya s'explique  : "il est temps qu'on fasse tourner les savoirs et que nos petits se sentent représentés dans ce qu'ils lisent. Ouvrir un livre, c'est faire tomber les murs de l'ignorance sur soi, sur son histoire, sur l'histoire de sa famille, de son quartier".

"Toutes les bibliothèques sont au centre ville", regrette la jeune femme. "L'idée ici c'est vraiment d'apporter de la culture au pied des tours, continue la militante. "Pour certains étudiants, ce n'est pas évident d'avoir accès aux livres", rappelle-t-elle encore. 

Soraya Chekkat espère surtout créer des discussions autour du livre. "Se servir par exemple des ouvrages qui parlent des histoires de l'immigration pour développer chez les plus jeunes un esprit critique. S'ils connaissent mieux leur histoire, ils seront mieux armés pour appréhender l'avenir", martèle-t-elle convaincue.  

Soraya espère pouvoir ouvrir officiellement sa "bibliothèque anticoloniale" en mai prochain. "Le 8 mai, ça serait l'idéal et hautement symbolique", annonce-t-elle fièrement.

Alors que la France fête la fin du nazisme, le 8 mai 1945 en Algérie, une manifestation à Sétif tourne au drame. Des tirailleurs algériens à peine rentrés chez eux et la population veulent rendre hommage aux leurs tombés durant la Seconde Guerre mondiale. Dans le cortège, parmi les drapeaux alliés et français, pointent des drapeaux algériens. Ordre est donné aux militaires français de tirer sur leurs porteurs. A Sétif, Guelma et Kherrata, la répression se poursuit pendant des semaines, faisant des dizaines de milliers de morts.

Nadir Dendoune

 

Source : http://www.lecourrierdelatlas.com/culture-marseille-une-bibliotheque-anticoloniale-aux-pieds-des-tours-10717